Vie des martyrs

1914-1916
1914-1916

Paris, Mercure de France, 1917.

#32075
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Vie des martyrs

1914-1916
1914-1916

Paris, Mercure de France, 1917.
(n° 964)

Envoi signé : « ma chère amie, ce petit livre est bien vieux, bien laid, bien fragile. Qu'il vous soit quand même un témoignage de mon amitié, c'est-à-dire d'un sentiment qui se fortifie chaque jour dans le travail et dans l'épreuve. »

Premier livre de guerre de Duhamel, chirurgien volontaire au front, Vie des martyrs naît des salles d’ambulance et de l’« Autochir » où défilent gangrénés, gazés, mutilés : un cycle de récits brefs où l’auteur s’attache à nommer, un à un, ces « centaines de frères humains », dans une prose dépouillée qui refuse la rhétorique héroïque. Le volume, publié au Mercure de France en 1917, porte en exergue la phrase-clef devenue emblème de sa morale de témoin : « Voici l’heure où l’on peut douter de tout… Mais on ne peut douter de la souffrance des hommes ».

La critique d’époque et les historiographies ultérieures ont volontiers rapproché ce livre de la veine de Barbusse et de son Feu par son anti-lyrisme et son attention au quotidien des « humbles », tout en soulignant la singularité d’une écriture de médecin, précise, fraternelle, qui fait de Duhamel un témoin moral plus qu’un polémiste.

Il est surtout l’un des tous premiers témoignages éloquents et apparaît comme un jalon de la littérature de 14-18 : un témoignage dont la force tient à l’exactitude sensible des scènes, à l’universel qui s’en dégage, et à cette fraternité obstinée qui irrigue le livre et prépare Civilisation, lequel sera couronné du prix Goncourt l’année suivante.

Ce premier roman de Duhamel, de par son succès et des conditions de parution, est particulièrement difficile à trouver en premier tirage.

Un exemplaire de choix ainsi établi est exceptionnel et celle qui l’a ainsi habillé l’a fait pour d’évidentes raisons : Elvire Choureau.

Libraire-éditrice d’exception, Elvire Choureau (née Marie-Louise-Françoise-Émilienne Choureau, Vanvey, 2 juin 1892 – Paris, 3 juillet 1986) fonde en 1922, avec Georges Duhamel (alors directeur du Mercure de France), la librairie L’Artisan du livre, au 22, rue Guynemer, à deux pas du Luxembourg. Elle en fera, jusqu’en 1976, un lieu de haute bibliophilie et de sociabilité littéraire — fréquenté notamment par Paul Valéry et Colette — dont la vitrine mêle premières éditions, tirages de tête et reliures, à l’ombre tutélaire de son partenaire intellectuel et ami Duhamel. Leur proximité est décisive : ensemble ils conçoivent une librairie de combat pour « le livre français », puis, face à la crise du papier et aux déséquilibres de la chaîne du livre, ils créent en 1937 l’Alliance (nationale) du livre, dispositif inédit de mobilisation des auteurs, éditeurs, libraires et imprimeurs, que Duhamel théorise tandis que Choureau en assure l’animation très concrète (campagnes de presse, projets de “bons du livre”, listes d’envoi aux “vrais lettrés”). À l’automne 1939, lorsque la guerre impose l’urgence du livre aux armées, c’est encore Choureau qui, depuis les dépôts de l’Alliance, orchestre l’acheminement d’ouvrages vers les soldats – activité dont Duhamel salue la ténacité « professionnelle ». Figure de la profession, première femme élue à la présidence de la Chambre syndicale des libraires de France (1933-1934), puis présidente d’honneur, elle participe en 1941-1942 aux instances corporatives du livre tout en défendant, non sans heurts, la dignité du métier de libraire. Chevalier de la Légion d’honneur (7 févr. 1938) pour vingt-cinq ans de pratique, elle mène parallèlement une véritable activité d’éditrice : érudition et humanisme (Carcopino, Radet, de Labriolle), éditions de Mauriac et Maurois, entreprises bibliophiliques (Villon, Mac Orlan, Maeterlinck), etc. Amie de Colette – qui lui dédie Le Képi « au Patron » – Choureau incarne une libraire d’autorité, à la fois stratège et artisan : elle tient la boutique, nourrit les réseaux, fait circuler les livres et les idées. Après 1976, l’adresse passe sous l’enseigne Giraud-Badin puis aujourd’hui celle de la maison Alde, prolongeant la vocation bibliophilique du lieu.

L’envoi est daté du 17 février 1939.

Elle est l’œuvre de Louise Lévêque, une excellente praticienne ; son doreur était Fache (celui, entre autres, de Paul Bonet et de Rose Adler).

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