L’Épervier de Maheux
Envoi signé enrichi d'un petit dessin : « Pour Jean-Jacques et Christiane Pauvert, que j'aime - et estime - l'auteur reconnaissant et crevé, Jean Carrière ».
Le 20 novembre, après cinq tours de scrutin, les jurés consacrent un auteur encore peu connu et un éditeur inattendu : Jean Carrière et Jean-Jacques Pauvert, plus célèbre jusque-là pour avoir publié Sade que pour briguer l’Académie Goncourt. La surprise sera totale : L’Épervier de Maheux deviendra le Goncourt le plus vendu de l’histoire, avec près de deux millions d’exemplaires et quatorze traductions.
Roman des Cévennes profondes, il peint la disparition d’un monde rural reculé, celui de hameaux abandonnés et d’hommes et femmes accablés par le poids de « l’oppression minérale ». La nature, splendide et hostile, impose sa loi à des familles promises à l’extinction. Carrière, enfant du pays, transcende cette matière âpre par une écriture lyrique, parfois emphatique, où affleure une méditation métaphysique sur la solitude et le destin. Mais le succès fut un drame intime : propulsé au rang de phénomène littéraire, Carrière, homme discret et tourmenté, vécut ce Goncourt comme une « catastrophe », sombrant dans une dépression qu’il racontera dans Le Prix d’un Goncourt (1986). « Le succès est un malentendu, le pire de tous peut-être », écrivait-il en citant Borges.
Très bel et historique exemplaire à son éditeur.

