Le Rivage des Syrtes
Premier tirage — sans mention.
Roman somptueux et allégorique, Le Rivage des Syrtes transporte le lecteur dans un univers imaginaire de lagunes silencieuses, de villes endormies et de confins incertains. Gracq, géographe de formation, déploie un vocabulaire précis et poétique pour décrire isthmes, promontoires, îles et rivages, jusqu’à faire des paysages de véritables personnages.
Au moment de la parution, Julien Gracq s’est déjà mis en marge du milieu littéraire, notamment par son pamphlet La Littérature à l’estomac (1950), dénonçant les connivences médiatiques et l’obsession des prix. Fidèle à cette ligne, il refusa obstinément le Goncourt de 1951. Ce refus provoqua un scandale retentissant et une publicité paradoxale : de 7 000 exemplaires tirés en septembre, Corti passa à 127 000 en décembre. Ce fut le plus grand succès de librairie de l’auteur, à des années-lumière des 130 exemplaires vendus de son premier roman, Au Château d’Argol (1938).
La réception critique fut marquée par la formule d’Antoine Blondin, qui qualifia joliment comme d’un « imprécis d’histoire et de géographie » (in Rivarol, 6 décembre 1951). Cette ambiguïté, entre monde rêvé et résonances historiques, fait toute la singularité du roman.
Gracq ne cédera jamais sur sa distance avec les honneurs. Les seules « hauteurs du pouvoir » qu’il accepta de fréquenter furent celles de Georges Pompidou, son camarade de l’École normale supérieure entre 1930 et 1934, qui tenta en vain de lui offrir la Légion d’honneur. François Mitterrand essuya trois refus polis à ses invitations.
Les manuscrits de travail et la mise au net du Rivage des Syrtes sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France (Legs Julien Gracq, 2008).
De la bibliothèque « Prix Goncourt » de Gérard Pouguet, avec ex-libris.
