Le Rivage des Syrtes
Un des 40 premiers exemplaires sur vergé de Rives (n° 26).
L'exemplaire de l'auteur - avec le cachet de la vente Gracq porté à trois reprises (faux titre, justification et achevé d'imprimer).
Prix Goncourt 1951 – refusé par l’auteur. Roman somptueux et allégorique, Le Rivage des Syrtes transporte le lecteur dans un univers imaginaire de lagunes silencieuses, de villes endormies et de confins incertains. Gracq, géographe de formation, déploie un vocabulaire précis et poétique pour décrire isthmes, promontoires, îles et rivages, jusqu’à faire des paysages de véritables personnages. Sous l’onirisme affleure une méditation sur l’attente et la guerre : l’atmosphère fantomatique d’Orsenna et du Farghestan évoque en filigrane la « drôle de guerre », que Gracq prolongera en 1958 dans Un Balcon en forêt.
Au moment de la parution, Julien Gracq s’est déjà mis en marge du milieu littéraire, notamment par son pamphlet La Littérature à l’estomac (1950), dénonçant les connivences médiatiques et l’obsession des prix. Fidèle à cette ligne, il refusa obstinément le Goncourt de 1951. Ce refus provoqua un scandale retentissant et une publicité paradoxale : de 7 000 exemplaires tirés en septembre, Corti passa à 127 000 en décembre. Ce fut le plus grand succès de librairie de l’auteur, à des années-lumière des 130 exemplaires vendus de son premier roman Au Château d’Argol (1938).
La réception critique fut marquée par la formule d’Antoine Blondin, qui qualifia joliment comme d’un « imprécis d’histoire et de géographie » (in Rivarol, 6 décembre 1951). Cette ambiguïté, entre monde rêvé et résonances historiques, fait toute la singularité du roman.
Gracq ne cédera jamais sur sa distance avec les honneurs. Les seules « hauteurs du pouvoir » qu’il accepta de fréquenter furent celles de Georges Pompidou, son camarade de l’École normale supérieure entre 1930 et 1934, qui tenta en vain de lui offrir la Légion d’honneur. François Mitterrand essuya trois refus polis à ses invitations.
Julien Gracq avait reçu trois exemplaires en grand papier : l’un fut offert à sa mère, l’autre à sa soeur. Il conserva le troisième dans sa maison de Saint-Florent-le-vieil toute sa vie.
L’exemplaire a figuré au catalogue de sa vente (Nantes, Couton-Veyrac, 12 novembre 2008, lot n° 32) ; il porte, comme il se doit le cachet rouge de la provenance, porté en début et fin de volume.
Les manuscrits de travail et la mise au net du Rivage des Syrtes sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France (Legs Julien Gracq, 2008).


