Le Dernier des justes

Paris, Seuil, 1959.
1 vol. (140 x 205 mm) de 345 p., [2] et 1 f. Maroquin havane à encadrement, papiers à décor sur les plats, titre doré, date en pied, couvertures et dos conservés (reliure signée de Devauchelle).
Édition originale.

Un des 15 premiers exemplaires sur vélin neige (n° 2).

Prix Goncourt 1959. Récit monumental, Le Dernier des Justes retrace huit siècles de persécutions et de mémoire juive, des pogroms médiévaux jusqu’à Auschwitz. L’ouvrage s’ouvre sur la légende des trente-six Justes, figures mystiques qui, selon la tradition juive, portent le poids du monde. De génération en génération, Schwarz-Bart suit la lignée des Lévy, jusqu’à Ernie, enfant martyr de la Shoah, dernier maillon d’une histoire tragique.

Saluer ce livre revenait pour l’Académie Goncourt à reconnaître la place de la Shoah dans la littérature universelle, moins de quinze ans après la fin de la guerre. Le choix fut d’autant plus marquant qu’il s’agissait du premier grand texte littéraire français sur l’extermination des Juifs. Le roman connut un retentissement international immédiat, traduit dans plus d’une quinzaine de langues, et valut à son auteur une célébrité fulgurante.

Mais ce succès s’accompagna d’une violente polémique. Comme Roger Ikor quelques années plus tôt, Schwarz-Bart fut critiqué dans une partie de la presse juive pour sa représentation de la mémoire et de l’identité juives. La revue Targoum et d’autres voix l’accusèrent d’instrumentaliser la souffrance, voire de simplifier à l’excès l’histoire. L’écrivain, blessé, se retira progressivement de la vie littéraire française, choisissant l’exil silencieux plutôt que la dispute.

Un livre à la croisée de l’histoire et de la mémoire. Schwarz-Bart mêle l’héritage mystique et religieux à la reconstitution historique, dans une langue à la fois limpide et incantatoire. Par la figure du « dernier des Justes », il place l’enfant d’Auschwitz dans une continuité séculaire, reliant la mémoire de la Shoah à celle de toutes les persécutions juives. Les Goncourt 1955 et 1959 forment ainsi un diptyque paradoxal : consacrés par l’institution littéraire, leurs auteurs furent contestés dans le champ même dont ils entendaient porter la voix. Mais en inscrivant dans le palmarès du prix les thèmes de l’assimilation (Ikor) et de l’extermination (Schwarz-Bart), l’Académie fit entrer au coeur du roman français deux des enjeux mémoriels les plus vifs du XXᵉ siècle.

Précieux exemplaire de tête sur vélin neige, l’un des 15 seuls imprimés.

#31991
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