Un des 460 exemplaires sur vélin à la forme (non justifié), celui-ci enrichi d'une gravure supplémentaire, justifiée « planche refusée ».
Publié initialement en 1909, La Mort de Philae est sans doute l’un des textes les plus mélancoliques de Pierre Loti, nourri par sa fascination pour l’Égypte ancienne et son désespoir devant sa profanation moderne. Il y dénonce avec véhémence le saccage touristique de l’Orient et la vulgarité satisfaite des voyageurs contemporains, ces « gens du monde étalant à chaque pas leur suffisance ignare » ; il stigmatise aussi la politique coloniale britannique, dont le barrage d’Assouan a condamné à l’engloutissement de nombreux sanctuaires.
Philae, île sacrée dédiée à Isis, devient sous la plume de Loti le symbole d’un monde disparu, d’une mémoire délaissée, d’un deuil impossible. « Aujourd’hui, à cause du barrage établi par les Anglais, l’eau a monté, monté, ainsi qu’une marée qui ne redescendait plus ; ce lac, presque une petite mer, remplace les méandres du fleuve et achève d’engloutir les îlots sacrés. » Ce texte, parmi les plus personnels de Loti, marque la fin d’une époque : celle des grands voyages intérieurs déguisés en traversées du monde.













