L’Appel de la forêt
Lettre-préface de Paul Bourget.
L'exemplaire de Maurice Genevoix avec son ex-libris manuscrit.
Conte initiatique et quête de liberté, L’Appel de la forêt est surtout l’histoire d’un retour aux origines, inspiré par la théorie de l’évolution qui a marqué la fin du XIXe siècle : un roman de « désapprentissage », une redécouverte de l’instinct sauvage que le chien Buck, domestiqué, va retrouver.
Jack London est alors un parfait inconnu en France, mais l’oeuvre retient l’attention de l’éditeur Félix Juven, qui s’est spécialisé depuis peu dans la littérature d’aventures pour la jeunesse : London, « Kipling du froid » comme on l’avait surnommé, pourra être autant admiré pour ses exploits et ses voyages que pour ses livres. La traduction est confiée à Raymonde de Galard : membre de la très aristocratique Société des bibliophiles français depuis 1903, elle traduit ainsi cinq titres de London entre 1905 et 1906 ; Paul Bourget, de l’Académie française, rédige la préface, ce qui ne peut que concourir à l’introduction réussie d’un écrivain encore inconnu. Raymonde de Galard y apparaît comme « Mme la Comtesse de Galard », la mention de son titre de noblesse contribuant sans doute à l’époque à donner du crédit à son travail. Par ailleurs, sur cette même page de titre, on relève la formule suivante destinée à distinguer l’oeuvre elle-même : « honoré d’une médaille d’argent de la société protectrice des animaux », une mention qui aura sans doute concouru à entretenir un malentendu tenace sur le contenu du livre.
La parution s’étale d’abord en livraisons, dans le journal Le Temps (du 3 au 16 décembre 1905), puis dans Le Journal des voyages (du 1er juillet au 9 septembre 1906, avec des illustrations de Joseph Beuzon). La couverture de l’édition Juven qui les suit reprend en grande partie celle de l’édition originale américaine de 1903.
Cet appel à l’harmonie et à la liberté ne purent avoir qu’un impact certain et positif sur le jeune Maurice Genevoix, qui aura pieusement conservé dans sa bibliothèque d’adulte ce roman qu’il lit à ses seize ans. « Pour la première fois, je me voyais matriculé : numéro 4. On penserait à la vie militaire si l’on n’avait pas connu aussi, aux premières années de ce siècle, la vie d’un élève interne dans un lycée de préfecture française. Tout ce qu’évoque le mot « caserne », c’est là que je l’ai connu, à 10 ans, au lycée Pothier, rue Jeanne d’Arc : un juriste, une rue noble et froide, droite et raide comme la justice, tirée d’un rigoureux cordeau entre la rue Royale et la cathédrale Sainte-Croix. Il a pour consolation le goût très vif de la camaraderie, son aptitude au dessin et le prodigieux trésor qu’est la lecture qui lui ouvre un autre univers. Jules Verne l’ennuie, il s’enthousiasme pour Sans famille d’Hector Malot, avant de se plonger dans London ou Kipling. » (in Maurice Genevoix, Chemins de mémoire). Il partira l’année suivante en classe préparatoire à Lakanal (Sceaux), où il préparera le concours d’entrée à L’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm.
Remarquable exemplaire du premier titre de London traduit et paru en français. Croc-blanc, publié lui aussi en 1906 en langue anglaise, ne sera traduit que quinze ans plus tard, en 1923.
De la bibliothèque Maurice Genevoix (ex-libris).

