Un des 15 exemplaires sur papier ingres vert, rose et bleu, signés et contenant l'eau-forte de Salvador Dali : seuls ces exemplaires et les 15 de tête sur japon la contiennent.
Envoi signé : « à René Clair, Paris, Janvier 1931 ».
Prière d'insérer imprimé sur papier rose conservé.
Paul Éluard et René Char se rencontrent à l’automne 1929 et, en plaisantant, René Char avait déclaré à Éluard que sa poésie était trop élégiaque et qu’il était le Lamartine du Surréalisme, un « Lamartine sans lame » : le nom d’Artine était trouvé et Char nommera ainsi le recueil qu’il est alors en train de préparer. Rédigé par René Char avec la collaboration d’André Breton et de Paul Éluard, le prière d’insérer s’ouvre sur cette exclamation « Femmes qu’on ne voit pas, attention ! », parue dans un journal parisien sous forme de petite annonce qui fit son petit effet puisque, le soir même, deux jeunes femmes se présentèrent chez René Char… Artine, femme rêvée ou plutôt femme de rêve éveillé, cheminera dans l’oeuvre de Char, à nouveau nommée dans Ralentir travaux, La Parole en archipel ou Sous ma casquette amarante.
« Les six lettres d’Artine, insiste Pierre Sebbag, se trouvent dans Ralentir [Travaux] (…), l’achevé d’imprimer du premier est le 24 novembre 1930, celui du second, du 25 novembre ». Tout cela semble avoir été coordonné, d’autant que, de l’aveu de Char lui-même, le titre de Ralentir Travaux « a été trouvé sur la route de Caumont-sur-Durance, à quelques mètres de la demeure d’une jeune fille rencontrée sur la pelouse d’un hippodrome » : celle là-même qui fut à l’origine d’Artine. Ce livre en effet est le fruit d’une sorte de superposition de deux figures, celle « d’une jeune femme morte noyée, Lola Abba » et celle « d’une jeune fille que j’avais rencontrée trois ou quatre ans auparavant, sur la pelouse d’un hippodrome, lieu fascinant entre tous, que je fréquentais comme une terre magnétique » (René Char, Sous ma casquette amarante). Les rapports entre les deux titres sont à l’évidence multiples et ces coïncidences, mannes pour les surréalistes qu’ils étaient alors.
Deux ans avant Ralentir Travaux, Artine marque le premier rapprochement, déterminant, entre Char, Breton et Éluard. Char fera à ce dernier le plus beau des cadeaux une fois le texte publié : il lui offrira le manuscrit d’Artine, rédigé sur papier jaune. Éluard le conservera jusqu’à sa mort, avant que René Char ne le récupère. Lequel, lui aussi, le gardera aux Busclats toute sa vie.
Très bel exemplaire, de remarquable provenance. Les fragiles couvertures roses sont parfaitement conservées, ainsi que le rare prière d’insérer.
Les exemplaires sur Ingres avec la gravure sont en grande majorité non dédicacés : nous en connaissons 8 qui sont ainsi « nus » et seulement trois autres qui aient été offerts : ceux de Robert Valençay (Londres, Rosebery’s, octobre 2013, n° 163), de Georges Hugnet (Sotheby’s, R. & B.L., Dada-Surréalisme, 2016, n° 133) et Marcelle Ferry (Christie’s, 5 décembre 2016, n° 68).
Très bel exemplaire.























