Envoi signé : « à mon ami Maurice de Lacoste, Pierre Loti ».
Montée en tête : 1 enveloppe à l'adresse de Maurice de Lacoste, lieutenant de vaisseau, à bord du Calédonien /Salins d'Hyères (Var) »
Conservée dans l'exemplaire : 1 lettre autographe signée (sur papier de deuil) adressée au même, avec env. conservée en date du 8 mars 1897 :
« Mon cher ami, Je vous savais déjà sur le Bugeaud, car j’étais allé il y a quelques jours à Rochefonts et, moins oublieux que vous pensez, j’avais de suite envoyé demander à la Préfecture si par hasard vous étiez là. Certainement, vous recevrez Ramuntcho, le livre. Quant à Ramuntcho, le vrai, c’est un joli et vigoureux bébé de bientôt deux ans, qui parle le Basque et habite pour le moment St Jean-de-Luz. Je ne sais pas combien de temps je resterais à Hendaye, ni ce que je ferai ensuite, je suis sans projets, comme sans courage. Je vous serre de tout coeur la main. P. Loti. Oui, envoyez-moi cet intéressant opuscule, quand vous y penserez. »
Exemplaire de dédicataire idéal, à son cadet de l’École Navale et ami, Maurice de Lacoste. Il lui adresse, à bord du navire Calédonien qui mouille au Salins d’Hyères, cet exemplaire de son roman majeur du « cycle basque », entrepris par Loti après ses affectations sur la Bidassoa. Ramuntcho transpose, dans un Pays basque encore perçu comme un « ailleurs », l’apprentissage d’un jeune joueur de pelote devenu contrebandier, ses amours avec Gracieuse, puis l’épreuve d’une séparation et le heurt avec un catholicisme de fer qui culmine dans le projet d’enlèvement manqué depuis le couvent.
Publié d’abord en feuilleton dans La Revue de Paris (15 décembre 1896 – 15 février 1897), le texte paraît la même année chez Calmann-Lévy. À rebours du strict carnet de route, Loti y privilégie la fiction « objective » et la scénographie des paysages intérieurs, nourris des séjours d’Hendaye et de Saint-Jean-de-Luz qui fixent durablement l’imaginaire basque fin-de-siècle.
La lettre jointe situe précisément l’auteur au moment de la mise en volume, juste après la fin des feuilletons qui se terminent en février. Et confie à son destinataire un point essentiel, où Loti précise la genèse fictive et « réelle » du héros, entre le roman qui sort de presse et l’enfant basque auquel il emprunte le prénom : le propre fils de Pierre Loti. il faut rappeler que « Ramuntcho » n’est pas qu’un héros de fiction. Au Pays basque, Loti entretient – en marge de sa vie officielle – une relation durable avec Juana Josefa Cruz Gainza, dite Crucita. Pour s’en rapprocher, il loue à Hendaye la maison Bachar-Etchea, dite « la maison solitaire », que Crucita n’habite jamais car dès la conclusion de sa liaison et de son « contrat » avec Loti, il l’emmène à Rochefort, pour l’installer dans une maison des faubourgs de la ville. Elle lui donna quatre fils non reconnus, tous nés au Pays Basque. Le premier, Raymond, né dans la nuit du 29 au 30 juin 1895, est couramment désigné comme « Ramuntcho » et a souvent été tenu pour l’inspiration directe du titre et du personnage du roman. Cette filiation parallèle, longtemps tue, est ici confirmée par un Loti confiant dans l’amitié et la confidence d’un secret à son ami, Maurice de Lacoste.
Natif de Metz en 1864, ce dernier entre à l’école navale en 1882 – quinze ans après Loti. Aspirant de 1ere classe en octobre 1885, il est tout d’abord affecté dans la division navale d’Extrême-Orient. C’est lors de ces premières traversées qu’il rencontre Pierre Loti, qui navigue dans ces mers depuis la même année à bord du Mytho, l’un des onze transports officiels des forces navales en Extrême-Orient. C’est sur ce navire, durant un mois un mois de traversée, que Loti a rédigé en partie le manuscrit de Pêcheur d’Islande.
Lacoste est promu enseigne de vaisseau en octobre 1887, servant à bord d’innombrables bâtiments de la Marine française. Promu lieutenant de vaisseau en octobre 1893, il est successivement affecté sur plusieurs cuirassés puis croiseurs, les fers de lance de la Marine et les plus puissants des navires de guerre de l’époque. Il sera affecté ensuite à la direction centrale de l’artillerie navale, puis capitaine de frégate avant d’être affecté à l’état major en 1909. Leur amitié ne sera jamais entachée et durera jusqu’à la mort de Loti, en 1923.
















