Paroles d’un croyant

Paris, Eugène Renduel, 1834.
1 vol. (120 x 200 mm) de 1, [1] f., 237 p. et 1 f. Veau brun, dos lisse orné de filets et fers dorés et à froid, pièces de titre, plat orné d'un encadrement à la Du Seuil, tranches marbrées (reliure de l'époque signée Hirou).
Édition originale. Un livre capital à l'origine d'un renouveau du catholicisme et à la naissance du socialisme.

Dédié « Au peuple », « qui portez le poids du jour, je voudrais qu’il pût être à votre pauvre âme fatiguée ce qu’est, sur le midi, au coin d’un champ, l’ombre d’un arbre, si chétif qu’il soit, à celui qui a travaillé tout le matin sous les ardents rayons du soleil », l’ouvrage prophétise la mort d’un catholicisme compromis avec les puissances et l’avènement d’un christianisme régénéré, social et fraternel. Sa réception fut immédiate et retentissante : huit éditions en 1834, sous la houlette éditoriale de Sainte-Beuve, qui dut composer avec deux imprimeurs tant la véhémence de certains passages choquait. Le texte déclenche, la même année, la condamnation pontificale et formalise la rupture de Lamennais avec l’Église « complice des pouvoirs », tout en nourrissant, sur le terrain des idées, le renouveau catholique social naissant et une sensibilité socialiste de source évangélique.

Georges Sand salua le livre (« Vous êtes le père de notre Église nouvelle ») ; Chateaubriand, parlant de l’« hérésie » professée par un « fidèle », dira la grandeur paradoxale de cette dissidence dans une page célèbre des Mémoires d’outre-tombe, où il relatera sa visite à la prison de Sainte-Pélagie où Lamennais sera détenu en 1840 : « la révolution de juillet a relégué aux ténèbres d’une geôle les restes des hommes supérieurs dont elle ne peut ni juger le mérite, ni soutenir l’éclat ». Leroux, Liszt ou encore Arago y virent l’acte inaugural d’une politique de la conscience.

Exceptionnel exemplaire dans lequel sont intercalés plusieurs documents de premier ordre :

– le manuscrit de la préface à l’édition populaire de septembre 1835, parue chez Daubrée et Cailleux ;
– 2 feuillets autographes d’une addition au chapitre 10 ;
– 1 table manuscrite des chapitres ;
– 1 page manuscrite pour les passages supprimés à la fin du chapitre 32 ;
– 1 lettre autographe signée de Lamennais adressée à Geoffroy Saint-Hilaire (La Chesnaie, 28 juin 1834, 2 pages) – avec libellé d’adresse autographe ;
– 1 lettre autographe signée de Lamennais à David Richard (La Chesnaie, 28 février 1835, 3 pages), sur son autobiographie ;
– 1 copie manuscrite d’une lettre de Lamennais à David Richard (23 janvier 1835, 4 pages) ;

David Richard, protestant alsacien, rencontra Lamennais en 1832. Une rencontre décisive qui exerça sur lui une influence importante, notamment au cours d’un séjour de six mois dans son manoir breton. Il entra dans la carrière administrative comme chef de cabinet du préfet de la Gironde (1836-1838) puis fut appeler à la direction de l’asile de Stephansfeld : il révolutionna la gestion de l’établissement au point que le ministre de la Santé, dès 1844, proposa à Richard les fonctions d’inspecteur général des asiles, afin d’étendre ses compétences. Il se convertira quatre ans plus tard au catholicisme.

Séduisant exemplaire, constitué à l’époque et confié aux bons soins de Hirou, relieur doreur réputé de la rue Saint-Jacques à Paris, qui s’y installe à partir de 1825. Après 1850, il s’associera avec Gayler, pour y créer l’atelier Gayler-Hirou, rue de Condé qui deviendra l’atelier attitré de Barbey d’Aurevilly. Les productions personnelles signées du seul nom d’Hirou sont rares.

« Lettre de La Mennais adressée à David Richard, datée du 29 mars 1835 », Correspondance générale de Lamennais, t. vi, p. 437, cité dans Frédéric Lambert , 2001, Théologie de la république, Lamennais, prophète et législateur, Paris, L’Harmattan, p. 8.

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