Traité du style
Un des 25 exemplaires hors commerce sur papier vert Lafuma Navarre (n° 17).
Envoi signé : « à Paul El[U]ard, à défaut de stylence, c'est mon genre, bien affectueusement l'auteur, Seelisberg ».
Le Traité du style est dans la continuité des textes polémiques chers au surréalistes : son déclenchement vient d’un article de Marcel Arland dans La Nouvelle Revue française, qui assimilait le surréalisme à un « truc » littéraire. Aragon réplique. Rien de nouveau, certes, tant les réponses aux opposants au mouvement furent courantes, mais la démesure et l’excès prennent ici une proportion inédite sous la respectable couverture blanche des Éditions de la Nrf : plusieurs écrivains « fondateurs » s’en émeuvent et la fronde couve, mais Gaston Gallimard défendra son auteur contre Paul Valéry et André Gide, textuellement traités d’« emmerdeurs ».
Rare tirage sur papier vert, limité à 25 exemplaires, hors commerce, « pour l’auteur ». Notons que Gallimard, pour ces papiers verts, décline le raffinement jusqu’aux couvertures : l’habituel double liseré d’encadrement sur le premier plat, habituellement rouge, est ici également imprimé en vert.
Précieux exemplaire offert offert par Louis Aragon à Paul Eluard, l’autre compagnon de route du mouvement surréaliste avec André Breton. Ce dernier (ainsi que René Crevel, Benjamin Péret, Max Morise, Robert Desnos, Pierre Drieu la Rochelle) aura droit à son papier vert dédicacé, mais enrichi d’un mot particulièremet en phase avec le propos : la dédicace correspond à la stricte application du programme qu’Aragon annonce dès mars 1928, quand paraissent les premiers fragments du Traité du style dans le numéro 11 de La Révolution surréaliste : « la syntaxe, elle, est piétinée. Voilà la différence entre la syntaxe et moi. Je ne piétine pas la syntaxe pour le simple plaisir de la piétiner ou même de piétiner. Je piétine la syntaxe parce qu’elle doit être piétinée. C’est du raisin (…) Prendre l’intransitif pour le transitif et réciproquement, conjuguer avec être ce dont avoir est l’auxiliaire, mettre les coudes sur la table, faire à tout bout de champ se réfléchir les verbes, puis casser le miroir, ne pas essuyer ses pieds, voilà mon caractère ».
Ou, « à défaut de stylence, c’est mon genre », comme précisé dans sa dédicace à Paul Eluard, particulièrement en accord avec l’avis au lecteur : « L’auteur renonce à joindre à ce livre la liste des erreurs typographiques […] Il regrette seulement que cela rende inappréciable au lecteur les fautes d’orthographe et les fautes de français, faites délibérément dans l’espoir d’obtenir de ce lecteur les plaisants hurlements qui légitiment son existence ». Eluard défendra vaillament son ami : dans une lettre à Joe Bousquet du 27 juillet 1928, le poète écrit à propos de cet ouvrage : « Je regrette que vous n’aimiez pas le Traité du style. C’est un livre très courageux, très beau, indispensable » (cité dans l’exemplaire Péret, in Bibliothèque littéraire Hubert Heilbronn, Sotheby’s, mai 2021, n° 208). La signature de la dédicace fait référence à l’hôtel Bellevue de Seelisberg – là ou Eluard avait rencontré Gala, et où il séjourne pendant cet été 1928 pour s’y soigner. Crevel le rejoindra en septembre.
Le manuscrit, conservé à la BnF fut exposé à l’occasion de l’exposition du centenaire du mouvement : « avec la publication en 1928 de Traité du style, Louis Aragon révèle toute la virtuosité de son style, mise au service d’un texte polémique, empli d’humour et de provocation, dans la continuité de l’esprit Dada » (Olivier Wagner, L’invention du surréalisme, BnF, 2020).
Reliure de Paul Bonet, réalisée par Desmules et dorée par Collet : c’est la seconde sur ce titre, après l’exemplaire relié pour René Gaffé mais sur le grand tirage réimposé. Cette reliure a été présentée en 1959 lors la troisième exposition de la « Reliure originale », où elle figure sous le n° 262. Elle est référencée dans les Carnets sous le n° 1255.
Trois autres papiers verts – au moins – furent brillament reliés: deux par Martin, et un par Leroux.
Carnets Paul Bonet, 125 ; Lhermitte, 33.





