Thaïs
» Thaïs, racontent les Vies des pères du désert, était une douce et charmante pécheresse, s’adonnant spécialement aux divertissements scéniques. D’une vie déréglée, elle était encore jeune et remplissait le monde de sa renommée, tellement qu’un jour le saint abbé Paphnus entendit parler d’elle. Paphnus, comme tous les saints ermites disciples du père Antoine, vivait dans le désert, non loin d’une ville d’Egypte – que M. France supposera être Alexandrie – où florissait Thaïs : ce qui laisse supposer que ce désert était quelquefois visité. Quoi qu’il en soit, Paphnus, ayant entendu parler de Thaïs et de sa beauté, résolut de l’arracher aux griffes du démon et de lui faire faire pénitence de tous ses péchés. Paphnus vint donc à Alexandrie, réussit à emmener Thaïs dans un monastère, où elle se convertit. Puis Paphnus retourna dans sa thébaïde, où il mourut en odeur de sainteté. Voilà, n’est-ce pas, une histoire qui vous semble bien banale et comme nous en connaissons mille sur ces bons pères, imitateurs de saint Antoine ? C’est que vous n’êtes pas poète. L’imagination de M. Anatole France, autour de ce simple fait, construit toute une vie de la brillante comédienne et du saint abbé » (A. Maurel, in La Revue bleue, tome 45, 1890, p. 542-543).

