Tendre Bestiaire. Le Bestiaire enchanté. Bestiaire sans oubli

Paris, Plon, 1969, 1970 et 1971.
3 vol. (140 x 210 mm) de 310 p., 330 p. et 349 p. En feuilles, sous emboîtage éditeur.
Éditions originales. Série complète des trois volumes du Bestiaire de Maurice Genevoix. Les exemplaires n° 1 de l'auteur pour les deux premiers ; le dernier nominatif et offert à son épouse, Suzanne Genevoix, avec cet envoi : « Pour que nos années se confondent et qu'ainsi ta tendresse m'ait accompagné toute la vie. M ».

Alors qu’il est secrétaire perpétuel de l’Académie française, la publication en 1969 du Tendre Bestiaire de Genevoix est salué comme un événement littéraire à sa parution, présentant un panorama riche et étonnant qui lui donne l’occasion de « refaire amitié avec d’autres créatures vivantes, des bêtes libres », où chaque animal est saisi sur le vif dans la chaleur de l’émotion et du coeur. Maurice Genevoix a alors publié une oeuvre considérable, et déjà quelques titres consacrés aux animaux, mais c’est dans ce livre – et les deux suivants qui formeront triptyque – qu’il s’interroge le plus sur leur secret et rédige en guise de pages liminaires l’émouvant et sublime texte de « L’Abattoire ».

Le deuxième volet, Bestiaire enchanté, donne l’occasion à Genevoix de revenir sur un point essentiel : « Précisons-le une fois pour toutes, ou deux fois si je l’ai déjà dit. Mon seul recours au long de toutes ce pages, a été, ce sera toujours ma mémoire. Dès les premières, dès mon Tendre bestiaire, inconsciemment, j’en avais accepté la gageure. À mesure que j’en ai pris conscience, ma décision s’est affermie de la soutenir jusqu’au bout. Je me suis assez frotté aux livres, dans ma vie, pour avoir mesuré l’aide que l’on en peut attendre. Et d’abord dans quel domaine. Celui-ci n’est point du leur. Je laisse aux encyclopédies, avec respect, avec admiration souvent, le soin d’une information à d’autres desseins nécessaire. Elles aussi ont leur poésie, mais qui s’évanouit et se fane au toucher des compilateurs. »

Le dernier volume, Bestiaire sans oubli, est publié en 1971 et donnera lieu à une adaptation radiophonique. L’occasion de revenir une fois encore sur la Grande Guerre et l’importance que la cavalerie, et donc le cheval, a eue. « J’ai empuanti l’air des charniers. S’il est vrai selon le mot fameux que le cadavre d’un ennemi sent toujours bon, j’ai eu tort. Mais ceux qui se sont battus en août 1914, en septembre, n’ont jamais pu oublier l’odeur atroce d’un champ de bataille où les morts sont restés, gisant. Celle des hommes… celle des chevaux […]. J’ai voulu dire aussi la passion des bêtes dans la guerre, des chats errants, des vaches perdues et sur tous les autres, des chevaux. Du vieux cheval gris des Éparges que j’ai sauvé, pour quelques jours, de celui qui criait dans la nuit en avant du bois de Saint-Rémi parmi les blessés abandonnés. « Brancardier ! », appelaient les Français, et les Allemands, « Hilfe ! Hilfe ! », et puis cette longue plainte hululante, pathétique comme les voix des hommes… ».

Illustrations de J. Robion dans le texte.

Très bel ensemble.

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