Envoi signé : « Pour Édouard, en attendant Vince Taylor, avec amitié, Pierre Michon ».
Un texte lumineux, incandescent et profond de Pierre Michon consacré à Rimbaud ; il n’y retrace pas la vie du poète, mais interroge sur ce qu’un poète laisse derrière lui : une légende, un silence, une brûlure.
La dédicace fait surgir une image insolite et révélatrice : celle de Vince Taylor, rockeur maudit, idole déchue, figure noire et flamboyante (qui inspira notamment « Ziggy Stardust » à David Bowie) ange noir du XXe siècle, dont la trajectoire évoque celle de l’auteur de la Saison en enfer.
La mention de Vince Taylor fonctionne ici comme un miroir. Comme Rimbaud, Taylor est un météore : Michon semble ainsi tisser un pont entre le poète fulgurant et un chanteur fracassé, tous deux devenus mythiques par leur disparition autant que par leur oeuvre, où la culture savante et populaire se rejoignent dans un même geste tragique.
« Vous savez Vince Taylor c’est quelqu’un dont je voudrais écrire l’histoire […]. C’est une histoire terrible. C’est pathétique. Vous savez, la littérature, il faut qu’elle fasse pleurer un peu dans les chaumières […]. Il faut que, de temps en temps, un petit passage, il faut que le coeur du lecteur se mette à…. même dans les réalistes les plus aigues, les moins pathétiques, ou ceux qui veulent l’être le moins, je pense à des gens comme Houellebecq, ou Despentes, parfois, et c’est pour ça qu’ils sont bons, y’a un petit tremblement… » (Entretien avec Augustin Trapenard, 21 cm, 2019).
Bel exemplaire.







