Un des 35 premiers exemplaires sur papier grisaille (n° 21).
Journal de retour et d’insurrection morale : libéré du stalag en décembre 1943 après plus de trois ans de captivité, Raymond Guérin regagne Paris et constate une vie littéraire « comme si de rien n’était ». Guidé par Jean Paulhan et Gaston Gallimard, il revoit Camus, Sartre, Queneau, Chardonne et son compagnon de détention, Henri Cartier-Bresson. À Henri Calet, il confie : « Je me fais l’effet d’un revenant, d’un fantôme. Je n’ai plus ma place dans ce monde étouffant et fascisé ». Rentré dans le Sud-Ouest, il note l’ivresse de la Libération, puis la désillusion devant certaines scènes de l’épuration qu’il observe, qu’il juge veules, et clôt ce carnet sur une lucidité sans apprêts : « Il n’y a que cela de vrai dans la vie : les fantoches. Tout le reste est de la foutaise. L’art y compris. […] Le plus beau théâtre du monde […] c’est dans le métro qu’on le trouve. Mais c’est à croire que les habitants d’une ville comme Paris ne savent ni écouter ni regarder ».
Texte central pour mesurer la ligne de crête de Guérin, Retour de Barbarie est aussi une pièce biographique de premier ordre : le livre raccorde la période des stalags au dernier versant de l’oeuvre (Guérin meurt prématurément en 1955).
Témoin d’un d’écrivain peu conciliant avec son temps, remis au goût du jour grâce aux travaux de Jean-Paul Kauffmann et de l’éditeur bordelais Finitude, ce texte contribua à la redécouverte du « météore noir » des lettres françaises.







