Raboliot

Paris, Bernard Grasset, (29 septembre) 1925.
1 vol. (115 180 mm) de 349 p et [1] f. Buffle vert olive à décor de bois de violette et de buis, dos lisse, titre doré, tranches dorées sur témoins, doublures et gardes de chèvre velours violet, couvertures et dos conservés, chemise, étui (reliure signée de Renaud Vernier, Maître d'art, ED. Claude Ribal, dorure sur tranches de Jean-Luc Bongrain, 2025).

#30971
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Raboliot

Paris, Bernard Grasset, (29 septembre) 1925.
Édition originale.

Un des 7 premiers exemplaires sur chine (n° I).

Ce précieux exemplaire, le premier des deux hors commerce sur chine (l’autre étant réservé à Bernard Grasset) est celui de Maurice Genevoix, établi par Renaud Vernier.

Dès son retour du front et pour sa convalescence, dès 1919, Genevoix avait commencé d’arpenter la Sologne. Il fait rapidement sienne l’idée d’en dire davantage : « je voulais faire pour la Sologne ce que j’avais fait trois auparavant pour le Val de Loire : l’évoquer, la traduire selon moi, mon engagement depuis l’enfance, ma gratitude pour tout ce qu’elle était à mes yeux ».

C’est à Brinon-sur-Sauldre qu’après la guerre son oncle avait acquis un territoire de chasse et c’est là que, cédant peut-être au même appel et même élan vers la nature, Maurice Genevoix décide de s’installer, au cours de l’été 1924 : « Je pris, un soir, mon vélo à l’épaule, le petit train sur route qui me conduirait à Brinon. J’y arriva à la brunante, sautai en selle, et mit pied à terre après six kilomètres devant la maison du garde-chasse Trémeau » (in Trente mille jours, p. 200). C’est là, face à l’étang des Clouzioux – qui devient celui de la Sauvagère dans le roman – que ses cogitations prennent formes : « la Sologne est éminemment giboyeuse. Le héros de mon futur roman, vrai fils de ce terroir de chasse, ne peut donc être qu’un chasseur : non un chasseur occasionnel, un quelconque tirailleur du dimanche, mais un chasseur d’instinct, un homme libre, insoucieux des contraintes sociales, qui ne relève que de sa race, des appels qui le sollicitent et l’obligent, autrement et précisément dit : un braconnier ». Brinon est la commune natale dfe celui qui est « le plus fameux, le plus malin, le plus habile, le plus sensationnel braco du cru : Alphonse Depardieu », dit Carré, avec lequel Genevoix obtient une « audience » à l’automne, quand la certitude du roman et le bal de ses personnages se mettent en place. Un rendez-vous est pris, à Brinon. Un rendez-vous manqué : suspicieux, le braconnier ne s’y rendra pas. Il n’empêche. Genevoix, décidé à façonner ce braconnier universel en fusionnant plusieurs personnages, tous bien réels, va créer « son » braconnier : Pierre Fouques, dit Raboliot.

Il se souviendra avec précision dans Jeux de glaces (en 1961) de cette rencontre avortée avec Carré-Depardieu, lequel « n’a pas été le dernier à prétendre, à croire peut-être, qu’il m’avait servi de modèle. Et vraiment je lui dois beaucoup, à cet homme qui n’est pas venu, un jour de l’automne 1924, dans l’arrière-salle de l’auberge rustique où je l’ai vainement attendu » (p. 90). Il y explique également le sobriquet de son héros : le nom de Raboliot – désignant un jeune garenne encore au nid, dans la « rabolière » – lui vient des chasseurs solognots : vif, rusé et libre au milieu de ce territoire immense. La commune est celle du département qui occupe – encore aujourd’hui – la plus grande superficie territoriale : elle s’étend sur 11600 hectares et est sillonnée par quelque 340 km de chemins ruraux ! En 2025, seules 132 communes en France occupent plus de 100 km2 de superficie.

Viendra ensuite la consécration du prix Goncourt. Sous Verdun l’avait porté dans la liste finale en 1916, tout comme Rémi des Rauches en 1922. Un an avant que ne soit publié Raboliot, une rencontre décisive a lieu avec Lucien Descaves, figure importante de l’académie Goncourt : « Genevoix, il faut que je libère ma conscience. Nous souhaitons, et depuis longtemps, vous attribuer notre prix. « Nous », c’est une majorité. Malheureusement pour vous, il y a un veto. Rosny aîné, notre président, pour des raisons que nous n’avons pas à connaître, nourrit un tel ressentiment à l’encontre des frères Fischer qu’il s’est fait à lui-même un serment : jamais, au grand jamais, lui vivant, le prix Goncourt n’ira à un auteur de la maison dont ils sont alors les directeurs littéraires…
– Alors, je dois en faire mon deuil.
– Et pourquoi diable ?
– Parce que je suis lié à cette maison par un contrat de quinze années.
– Et après ?
– Il y en a encore neuf ans à courir.
– Et puis après ? Redit Descaves. Je vous garantis bien que si votre prochain roman vaut votre Rémi des Rauches, vous ne manquerez pas d’éditeurs qui prendront les risques d’un procès. Moi, je vous aurai dit ce que je voulais vous dire. Concluez. » (in Trente mille jours, p. 224).

Ce fut Bernard Grasset, par l’intermédiaire de Louis Brun, qui prendra ce risque, au terme de mois de batailles, de lettres d’avocats, et de mises en demeure, entre février et juillet 1925. Jusqu’à un procès, gagné pour l’essentiel : une dérogation est donnée à Genevoix pour trois ouvrages en dehors de la maison Flammarion. Raboliot, dont le manuscrit est terminé depuis le 23 janvier 1925, sera donc publié chez Grasset, avec qui le contrat est signé à l’été.

L’ouvrage, achevé d’imprimer le 29 septembre, paraît en octobre et connaît un succès immédiat. Le 16 décembre, Genevoix s’installe, avec son oncle et sa tante, pour un déjeuner d’attente dont les minutes lui paraissent des heures. Enfin, à 13 h, lorsqu’est publiée sa victoire, c’est Louis Brun, une horde sur ses talons, qui lui annonce la bonne nouvelle. Un journaliste du Figaro est le premier à recueillir ses impressions : « C’est là qu’en compagnie de quelques amis nous lui avons porté nous-mêmes la bonne nouvelle, en lui remettant le pli officiel signé des « neuf » qui lui annonçait son succès. Aussitôt son fin visage intelligent s’anime, s’éclaire, et une grande joie se lit dans ses yeux : « Dites bien, surtout, ma reconnaissance profonde à tous les membres du jury, à tous ceux qui ont voté pour moi comme aux autres, et en particulier à MM. Descaves, Geffroy et Hennique, qui ont toujours encouragé mon effort » ».

Il offre ainsi à Bernard Grasset son troisième lauréat – après le doublé 1911-1912 obtenu avec le Monsieur de Lourdines d’Alphonse de Châteaubriand et Les Filles de la pluie d’André Savignon. 15 titres primés du Goncourt suivront chez Grasset (Peyré, Charles-Roux, Laurent, Chessex, Maillet, Bodard, Fernandez, Host, Vautrin, Combescot, Maalouf, Rambaud, Quignard et Weyergans). Et ce 16 décembre est une journée faste pour l’éditeur de la rue des Saints-Pères : Le Femina, dans la foulée, couronne Joseph Delteil, avec son Jeanne d’Arc. Orléans, cette année là, est donc doublement à l’honneur dans les prix littéraires !

Exemplaire impeccable et des plus précieux, dans une parfaite et harmonieuse reliure de Renaud Vernier, Maître d’Art, confectionnée pour l’occasion et 100 ans après la parution du livre : un habillage d’anniversaire qu’un tel exemplaire méritait bien.

De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles » (ex-libris).

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