Raboliot

Paris, Grasset, (25 septembre) 1925.
1 vol. (120 x 180 mm) de 349 p. et 1 f. Maroquin havane, plats ornés d'un imposant décor en relief figurant une forêt, constitué de pièces de papiers glacés, rehaussé d'un jeu de filets dorés et argent, titre doré, date en pied, tête dorée, contreplats de papier havane et gardes de papier vert, couvertures et dos conservés (reliure signée de [Alain] Devauchelle).

#31955
6 000 

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Raboliot

Paris, Grasset, (25 septembre) 1925.
Édition originale.

Un des 13 exemplaires sur japon (n° 2).

Depuis 1919 et la fin de la guerre qui l’aura tant meurtri, Maurice Genevoix est revenu vivre à Châteauneuf-sur-Loire, où il a grandi. Mais après Rémi des Rauches, publié en 1922, qui mettait en scène la Loire par la grâce d’un tonnelier, Genevoix veut traverser le fleuve : au sud commence la Sologne, qu’il explore depuis son retour dans la région. Dès son retour du front et pour sa convalescence, il recommence à marcher, arpente les forêts, écoute les hommes, observe la nature. Plusieurs séjours sont attestés en son coeur, à Brinon-sur-Sauldre, à Nouan-le-Fuzelier, à Lamotte-Beuvron où il s’imprègne des moeurs, des récits et du parler local. Il fait sienne l’idée d’en dire davantage : « je voulais faire pour la Sologne ce que j’avais fait trois ans auparavant pour le Val de Loire : l’évoquer, la traduire selon moi, mon engagement depuis l’enfance, ma gratitude pour tout ce qu’elle était à mes yeux ».

C’est à Brinon qu’après la guerre son oncle avait acquis un territoire de chasse ; c’est là que, cédant peut-être au même appel et même élan vers la nature, Maurice Genevoix décide de s’installer, au cours de l’été 1924 : « Je pris, un soir, mon vélo à l’épaule, le petit train sur route qui me conduirait à Brinon. J’y arriva à la brunante, sautai en selle, et mit pied à terre après six kilomètres devant la maison du garde-chasse Trémeau » (in Trente mille jours, p. 200). C’est là, face à l’étang des Clouzioux (qui devient celui de la Sauvagère dans le roman) – que ses cogitations prennent formes : « la Sologne est éminemment giboyeuse. Le héros de mon futur roman, vrai fils de ce terroir de chasse, ne peut donc être qu’un chasseur : non un chasseur occasionnel, un quelconque tirailleur du dimanche, mais un chasseur d’instinct, un homme libre, insoucieux des contraintes sociales, qui ne relève que de sa race, des appels qui le sollicitent et l’obligent, autrement et précisément dit : un braconnier ».

Brinon est la commune natale de celui qui est « le plus fameux, le plus malin, le plus habile, le plus sensationnel braco du cru : Alphonse Depardieu », dit Carré, avec lequel Genevoix obtient une « audience » à l’automne, quand la certitude du roman et le bal de ses personnages se mettent en place. Un rendez-vous est pris, à Brinon. Un rendez-vous manqué : suspicieux, le braconnier ne s’y rendra pas. Il n’empêche ; Genevoix, décidé à façonner ce braconnier universel en fusionnant plusieurs personnages, tous bien réels, va créer « son » braconnier : Pierre Fouques, dit Raboliot.

Maurice Genevoix racontera précisément dans Jeux de glaces (en 1961) cette rencontre avortée avec Carré-Depardieu, lequel « n’a pas été le dernier à prétendre, à croire peut-être, qu’il m’avait servi de modèle. Et vraiment je lui dois beaucoup, à cet homme qui n’est pas venu, un jour de l’automne 1924, dans l’arrière-salle de l’auberge rustique où je l’ai vainement attendu » (p. 90). Il y explique également le sobriquet de son héros : le nom de Raboliot – désignant un jeune garenne encore au nid, dans la « rabolière » – lui vient des chasseurs solognots : vif, rusé, libre. De Brinon-sur-Sauldre, Genevoix aura beaucoup pris, tel un épicentre idéal : la commune est tout simplement celle du département qui occupe – encore aujourd’hui – la plus grande superficie territoriale : elle s’étend sur 11600 hectares et est sillonnée par quelque 340 km de chemins ruraux ! En 2025, seules 132 communes en France occupent plus de 100 km2 de superficie.

Très bel exemplaire sur japon, remarquablement établi par Alain Devauchelle. Une seconde couverture, illustrée d’un bois de Gérard Cochet, est ajoutée aux seuls exemplaires imprimés sur grands papiers. Elle est ici bien présente, en plus de celle illustrée par Deslignières.

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