Le principe du braille est d’utiliser le sens du toucher pour l’écriture et la lecture au moyen de points en relief : il doit son nom à Louis Braille qui, devenu aveugle par accident à l’âge de trois ans, fit ses études à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris. En 1821, il prit connaissance d’une méthode d’écriture en points en relief inventée spécifiquement pour les aveugles par Charles Barbier de la Serre : une écriture phonétique composée de 12 points maximum accompagnée d’une écriture alphabétique composée de 10 points maximum. Après plusieurs années de recherches fondées sur cette méthode alphabétique, Louis Braille publia en 1837 son propre système, à six points, qui simplifia le procédé tout en le rendant encore plus efficace : c’est l’écriture orthographique braille telle que nous la connaissons encore aujourd’hui.
Rare édition de Raboliot, embossée, destinée à la seule lecture tactile en braille : aucun texte visible à l’encre n’est présent, hormis le titrage au dos des volumes. Non commerciale, elle est réalisée à l’initiative de l’Association pour les Aveugles, fondée en 1917 par Mme Chambet‑Chenault, qui a pour objet la prise en charge et la réinsertion des personnes aveugles. Un centre de rééducation pour aveugles récents est créé en 1963 au Domaine des Ombrages, à Marly-le-Roi : un établissement national et pionnier puisque c’est la première structure de ce type en France pour l’accompagnement des personnes devenant déficientes visuelles à l’âge adulte.
Cette édition de Raboliot y est publiée, et cet exemplaire offert à Maurice Genevoix, enrichi d’une carte autographe signée de M. Chambet, en date du 29 novembre 1967, adressée au Secrétaire perpétuel de l’Académie française, en hommage à son soutien à l’Association : « En hommage de gratitude à Monsieur Maurice Genevoix […] pour l’intérêt qu’il eut bien voulu porter à l’Association ‘Pour les Aveugles’ et à sa Présidente-Fondatrice. »
L’ouvrage se compose de deux forts volumes, probablement produits à un très faible tirage pour un usage institutionnel, et réservés à la consultation dans des centres spécialisés. Le fait que Raboliot ait été transcrit en braille montre que le roman a été considéré comme fondamental dans les programmes de lecture accessibles et, au-delà du lectorat « classique », comme titre majeur de la mémoire nationale, justifiant sa présence dans les fonds destinés aux aveugles et malvoyants.
De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles » (ex-libris).




















