Le volume comporte en tête cette note autographe : « Exemplaire revu pour la lecture au micro. Il faudra reporter les suppressions (en remaniant) sur un autre exemplaire destiné à l'édition illustrée Delagrave. Là, peut-être, retenir certaines de ces modifications (bien moindres), en prévision d'une nouvelle édition Grasset ».
Élu à l’Académie française en 1949, Genevoix entre au Panthéon des Lettres. La publication en 1950 de Ceux de 14 vient encore asseoir cette position. C’est dans ce contexte qu’il décide de revoir Raboliot, en prévision de son entrée dans la collection du Livre de Poche.
Ce tirage de 1953 où l’équivalent de 26 pages a été retranché du texte original est qualifié de « nouvelle édition » et comporte un avant-propos où Genevoix justifie sa démarche :
« Ce n’est pas la première fois que la réimpression d’un de mes livres m’a exposé à une tentation : au point que cette tentation-là m’est devenue peu à peu familière et que j’ai appris du même coup à m’en méfier, en général jusqu’à n’y point céder. Si je l’ai fait cette fois, c’est bien un peu parce que les hommes, si raisonnables qu’ils se croient être, se plaisent aux faiblesses qu’ils s’accordent. Mais c’est aussi parce qu’un long intervalle de temps permet à un romancier de réagir plus objectivement à une histoire qu’il a racontée, d’en percevoir plus véridiquement les échos. Comment, dès lors, ne point céder ? Voici donc un Raboliot que je n’ai point voulu différent, ni artificiellement rajeuni, mais un peu plus près de l’image que, les années et la vie passant, je me fais maintenant de lui. »
Dans ce contexte, Genevoix prépare aussi une lecture radiophonique du texte : l’exemplaire présente ici un découpage du roman en 28 séquences, chacune minutée et annotée. À la page 95, il note : « J’avais enregistré jusqu’ici 7 lectures. Il faudrait enregistrer de nouveau à cause du temps imposé à chaque lecture : 19′ maximum… ». En plus des coupes nécessaires au minutage, Genevoix retravaille certains passages : ajouts lexicaux, suppressions de mots, simplification de tournures. De nombreuses corrections portent aussi sur le fond, destinées à la stabilisation du texte pour les futures éditions.
Déjà, en novembre 1952, Genevoix avait donné une conférence à la radio nationale, précédée d’une longue lecture. Il y confessait qu’il ne saurait dire si Raboliot est son meilleur roman, mais qu’il demeure « celui auquel il reste le plus attaché ». Il rappelle que Raboliot n’est pas un roman inventé, mais « le roman d’une vérité vécue » : une oeuvre née de la terre solognote, de ses hommes et de ses forêts. Il dit l’avoir allégée, épurée, afin de laisser la force du personnage s’exprimer sans apprêt : « Revoir mes phrases vingt-cinq ans plus tard, c’était comme croiser un jeune homme qu’on a été : j’y ai laissé l’élan, ôté le superflu. »
Genevoix a rehaussé sur la couverture le titre et la photo de l’ouvrage.
Cet exemplaire a figuré dans l’exposition « Maurice Genevoix » organisée à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (12 décembre 1990 – 12 février 1991, n° 186 du catalogue).
De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles » (ex-libris).












