Envoi signé : « Pour Marcel Chollet, en souvenir de nos heures communes, - celles d'avant 18 mais aussi, plus paisibles, celles d'après, son camarade et ami, Maurice Genevoix ».
Un des 950 exemplaires sur vélin teinté pur fil (n° 172).
Une provenance hautement symbolique : Marcel Chollet tenait la quincaillerie de village de Brinon-sur-Sauldre, au numéro 26 de la Grande Rue.
C’est à Brinon qu’après la guerre l’oncle de Genevoix avait acquis un territoire de chasse et c’est là que, cédant peut-être au même appel et même élan vers la nature, que ce dernier décide de s’installer, au cours de l’été 1924 : « Je pris, un soir, mon vélo à l’épaule, le petit train sur route qui me conduirait à Brinon. J’y arriva à la brunante, sautai en selle, et mit pied à terre après six kilomètres devant la maison du garde-chasse Trémeau » (in Trente mille jours, p. 200). C’est sur ces terres, face à l’étang des Clouzioux – qui devient celui de la Sauvagère dans le roman – que ses cogitations prennent formes : « […] la Sologne est éminemment giboyeuse. Le héros de mon futur roman, vrai fils de ce terroir de chasse, ne peut donc être qu’un chasseur […] mais un chasseur d’instinct, un homme libre, insoucieux des contraintes sociales, qui ne relève que de sa race, des appels qui le sollicitent et l’obligent, autrement et précisément dit : un braconnier ».
Brinon est la commune natale celui qui est « le plus fameux, le plus malin, le plus habile, le plus sensationnel braco du cru : Alphonse Depardieu », dit Carré, avec lequel Genevoix obtient une « audience » à l’automne, quand la certitude du roman et le bal de ses personnages se mettent en place. Un rendez-vous est pris, à Brinon. Un rendez-vous manqué : suspicieux, le braconnier ne s’y rendra pas. Genevoix multipliera ses séjours à Brinon-sur-Sauldre, un épicentre idéal : la commune, qui s’étend sur 11600 hectares et est sillonnée par quelque 340 km de chemins ruraux, est tout simplement la commune du département qui occupe la plus grande superficie territoriale. Seulement 132 communes en France occupent plus de 100 km2 de superficie.
Formé à l’École Estienne (diplômé en 1922), élève de Robert Bonfils, de Mathurin Méheut et de Léon Jouenne, Joseph Soulas apprend la gravure sur bois, puis s’initie à l’eau-forte auprès d’André Jacquemin, et enfin à la gravure au burin. Grasset, désireux de publier une édition illustrée de Raboliot, provoque la rencontre entre Genevoix et Soulas, qui séjournera plusieurs fois en Sologne, en 1928, aux côtés de l’écrivain pour s’imprégner de son univers. Cette proximité transparaît dans l’intensité expressive de ses gravures.
Soulas deviendra plus tard, à Orléans, directeur de l’École régional des beaux-arts d’Orléans, puis conservateur adjoint du cabinet des estampes du Musée des beaux-arts. Il y enseignera gravure sur bois, sur cuivre, croquis et dessin d’art. Genevoix lui remettra la Légion d’honneur le 22 octobre 1950.Le 26 mars 1954, alors qu’il se hâte pour prendre le train qui le reconduit à Orléans, il est foudroyé gare d’Austerlitz par une crise cardiaque, laissant une oeuvre d’une trentaine d’ouvrages illustrés et de près de cinq cents planches gravées.
Bel exemplaire, de bonne provenance solognote.

























