Préface pour le Révélateur du globe de Léon Bloy

[Paris, 1884].
2 pages en 1 f. (200 x 340 mm). Encre et mine de plomb.
Précieux fragment du manuscrit de travail de la préface écrite par Jules Barbey d'Aurevilly pour Le Révélateur du globe, premier ouvrage d'ampleur de Léon Bloy.

Abondamment corrigée, cette première rédaction est sensiblement éloignée du texte imprimé. La préface publiée comprend quatorze paragraphes ; le présent manuscrit se rapporte à cinq d’entre eux, dont il livre des états fragmentaires, des formulations abandonnées et plusieurs passages demeurés inédits.

Consacré à Christophe Colomb et à la cause de sa béatification, Le Révélateur du globe paraît chez A. Sauton en février 1884. Bloy y présente la découverte de l’Amérique comme un événement providentiel : Colomb n’est pas seulement l’explorateur d’un continent, mais l’instrument choisi pour porter le christianisme au-delà de l’Océan.

Pour introduire ce livre difficile, Bloy se tourne naturellement vers Barbey. Les deux hommes se connaissent depuis la fin des années 1860. Le jeune Bloy, alors âgé d’une vingtaine d’années, était venu se présenter à l’illustre écrivain de la rue Rousselet. Barbey devina très tôt ses dons, l’orienta dans ses lectures, l’encouragea à apprendre le latin et lui fit découvrir la Bible, les Pères de l’Église et les grands mystiques. Bloy devint quelque temps son secrétaire, avec Georges Landry, mais surtout son disciple et bientôt son ami.

La préface de 1884 constitue l’un des plus beaux témoignages de cette filiation littéraire. Barbey n’y ménage pas son soutien. Il présente Bloy comme un « esprit de feu, composé de foi et d’enthousiasme », encore inconnu, mais qui ne saurait le demeurer longtemps après un tel livre. Sous la recommandation du maître affleure une véritable reconnaissance : Barbey voit en Bloy moins un imitateur qu’un héritier capable de prolonger, avec une violence nouvelle, la tradition du catholicisme intransigeant et de la polémique romantique.

Bloy souhaita que la préface fût publiée séparément dans Le Gaulois, à la veille de la mise en vente du volume. Barbey appuya lui-même cette demande auprès du journal, précisant qu’il ne sollicitait rien pour lui, mais pour un homme auquel son talent n’avait encore permis ni la reconnaissance ni l’accès au public. La relation entre les deux écrivains ne s’acheva pas avec cette préface. Bloy demeura fidèle à celui qu’il considérait comme son maître et appartint au petit cercle réuni autour de Barbey pendant sa dernière maladie.

Le 23 avril 1889, Bloy annonça à Maurice de Fleury : « M. d’Aurevilly est mort ce matin dans mes bras. »

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