Numquid et tu…
Un des 50 premiers exemplaires sur Japon impérial (n° XXXV).
Numquid et tu ?… occupe une place singulière dans l’oeuvre d’André Gide. Le texte naît de ses lectures de l’Évangile, consignées principalement en 1916 et 1917, dans une période de crise spirituelle et morale. Son titre même est emprunté à saint Jean : Numquid et tu…?, « Et toi aussi ?… ».
Gide y revient au Christ, à l’Évangile et à cette interrogation religieuse qui, loin d’être étrangère à son oeuvre, l’accompagne depuis sa jeunesse. Mais il ne s’agit ni d’une conversion ni d’un retour docile à l’orthodoxie. Ce qui intéresse Gide est précisément la confrontation personnelle avec le texte évangélique et touche à l’une des tensions fondamentales de son oeuvre : comment concilier l’exigence spirituelle avec la liberté de l’individu ?
La première édition avait paru en 1922 dans des conditions presque secrètes : 70 exemplaires seulement, non mis dans le commerce et sans nom d’auteur. Lorsque Jacques Schiffrin en donne enfin en 1926 la première édition publique, dans la collection des « Écrits intimes » dirigée par Charles Du Bos, le contexte a profondément changé. Entre-temps, Gide a publié Corydon, Si le grain ne meurt et Les Faux-Monnayeurs. Il est devenu, aux yeux d’une partie de la critique, l’écrivain du scandale, de l’émancipation morale et sexuelle, voire de la provocation.
Paul Souday s’en amuse délicieusement dans Le Temps en janvier 1927. Après avoir averti les lecteurs attirés par les scandales précédents qu’ils risquent cette fois d’être déçus, il résume ironiquement le programme du livre : « Ouvrez votre Bible et songez à votre âme ! » et conclut « Christ est ressuscité ! »
Gide lui-même semble avoir éprouvé quelque embarras devant la publicité nouvelle donnée à ces pages. Dans l’avant-propos spécialement écrit pour l’édition de 1926, il explique à Charles Du Bos qu’il n’en accepte la réimpression qu’au sein d’une collection d’« écrits intimes » à tirage limité, une réserve qui explique rétrospectivement le caractère presque clandestin de l’édition de 1922 et donne tout son sens à cette première véritable apparition du texte en librairie.
Bel exemplaire.

