Moulin premier

manuscrit original
« L'Isle, Céreste, 1935 ».
5 f. non ch., 21 f. ch. 1 à 20 [f. 17 ch. 16 bis], encre et mine de plomb sur papier à en-tête de la marque Navarre et vergé chiffon, montés sur onglets en 1 vol. (220 x 270 mm). Bradel papier marbré, pièce de titre, étui bordé ([Roger] Devauchelle).
Manuscrit autographe signé, qui a servi à l'impression chez Guy Lévis-Mano. Au moment de sa reliure, le manuscrit a été enrichi d'un texte capital, signé et daté du 28 juillet 1954 et intitulé « Souvenir de Moulin premier » dans lequel Char revient sur la genèse de ces textes et les circonstances de sa publication. Ce texte porte l'offrande suivante : « Pour monsieur Conrado »L'ensemble est complété de divers éléments, dont un portrait de René Char par Valentine Hugo, réalisé au fusain, signé et daté de 1935.

Au moment de sa reliure, le manuscrit a été précédé d’un texte signé et daté du 28 juillet 1954 intitulé « Souvenir de Moulin premier » dans lequel Char revient sur la genèse de ces textes et les circonstances de leur première publication. Une maladie sévère (une septicémie) qui le cloua au lit pendant deux mois fit éclore ces poèmes de Moulin premier dont il exprime dans ce souvenir la place majeure et fondatrice « […] le mal, en m’exténuant vait aiguisé, je crois, la sensibilité de ma vision ainsi que ma lucidité et accru mon pouvoir d’expression : le texte à faire m’apparut dans ses lignes essentielles. J’en étais, il me semblait le porteur idéal. Je crevai rapidement la surface des premiers jets, j’écartai l’écume et plongeai dans la profondeur. Cela vint seul, avec une grave intensité…. ».

Ce temps d’écriture assez long fera que les textes commencés en 1935 ne seront publiés qu’à la fin de 1936. « Je remis le manuscrit à Paul Éluard venu me voir au Cannet où je me trouvais. Il l’emporta à Paris, se chargea de trouver un éditeur. Ce fut Guy Lévis Mano. L’amitié d’Éluard m’évita toutes les corvées d’édition ! Je reçus le livre bientôt » (même texte, lequel est cité dans l’appareil critique de La Pléiade, d’après une communication d’André Rodocanachi, O.C., p. 1240). C’est le deuxième livre publié chez l’éditeur, après Dépendance de l’adieu, avec un frontispice de Pablo Picasso.

Corti, dans ses Souvenirs désordonnés, fait bien d’écrire ceci : « Un manuscrit de Char est toujours la recherche de la dernière perfection. Quand on en est à l’impression, le repentir intervient : un mot, une inversion et le livre n’est pas plutôt achevé que se révèle ce qui aurait pu le parfaire. Tel poème de quelques vers n’a pas eu moins de sept ou huit états dont chacun a été définitif pendant quelques heures… ». Ce manuscrit en est l’exemple concret, le poète revenant sans cesse sur son texte – variantes et corrections apparaissent bien, in fine, dans le volume imprimé. Le manuscrit s’ouvre sur le « point de départ » : une citation de Lautréamont et un extrait de la « grammaire élémentaire » de Guérard (exercice 527).

Le manuscrit est rédigé à l’encre, en partie sur un papier vergé chiffon dont le poète s’est servi en guise de couverture et quia égalemtn servi au portrait original du poète réalisé par Valentine Hugo et pour l’ensemble des textes eux-même au verso de papier à en-tête de la « Mairie de Céreste ». Le feuillet de titre porte quant à lui la date de 1936 et cette mention paraphée par Char : « Manuscrit original ayant servi à l’impression. »

Dans le catalogue de l’exposition Char à la Bibliothèque nationale (p. 49, n° 53) où ce manuscrit de Moulin Premier figurait, Antoine Coron note ceci à propos du dessin de Valentine Hugo : « Face à la page de titre, le portrait de René Char au fusain par Valentine Hugo, daté de 1935, est, lui, certainement plus tardif, lié à la vente de ce manuscrit, donc réalisé à partir d’une photographie ancienne. Char y a joint pour le premier acquéreur, un diplomate sud-américain, ‘Souvenir de ‘Moulin premier’ … » Il paraît en effet évident que le poète ait véritablement composé un ensemble abouti qu’il puisse présenter au futur acquéreur. Lequel le céda ensuite à André Rodocanacchi.

Cette version est également particulièrement remarquable par la faute à la section 27 et son vers emblématique : « Ne trépane pas le lion qui le rêve » qui deviendra « Ne trépane pas le lion qui rêve » dans l’édition d’après-guerre du Marteau sans maîtreMoulin premier est repris à sa suite.

René Char se souviendra plus tard que le manuscrit qui servi à l’édition Corti fut corrigé par Gaston Bachelard et que ne fut pas retenu le vers tel qu’il le voulait réellement : « … quand j’ai envoyé mon manuscrit chez Corti, Bachelard a corrigé mon texte. Moi, j’avais écrit : ‘ne trépane pas le lion : il rêve’ » (cf. René Char en ses poèmes, Gallimard 1995).

« Le titre de « Moulin premier » est provoqué par les surprises du vocabulaire familier. Les moulins premiers, moulins à papier d’origine très ancienne, étaient établis sur la Sorgue dite de Velleron, dans un quartier de L’Isle-sur-Sorgue qui porte encore ce nom. Le moulin, depuis l’enfance du poète, tenait une place d’autant plus importante que son ancêtre, Arnaud, père de sa grand-mère paternelle, était lui-même meunier » (Pléiade, p. 1240).

Précieux manuscrit, complet, avec un portrait de René Char par Valentine Hugo.

PROVENANCE : M. Conrado (envoi autographe, pour l’ajout de la lettre, en 1954) ; André Rodocanacchi (qui a communiqué à l’éditeur de la pléiade le texte « Souvenir de «Moulin premier» ») ; Collection privée.

Exposition René Char, Supplément d’âme, n° 15-20 ; Antoine Coron, G.L.M., 120.

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