Mesure de la France
Un des 30 premiers exemplaires sur papier vert lumière (n° XXVIII).
Officier d’infanterie trois fois blessé pendant la Grande Guerre, Pierre Drieu La Rochelle tente dans cet essai de 1922 de donner une forme politique et morale à l’expérience traumatique dont toute son oeuvre restera marquée.
Le titre dit déjà le projet : « mesurer » la France, c’est-à-dire confronter la puissance qu’elle croit avoir conservée à la réalité nouvelle révélée par la guerre. La victoire de 1918 ne rassure pas Drieu ; elle lui révèle au contraire l’épuisement démographique du pays, la fragilité de sa puissance et le déplacement des équilibres européens : la victoire, certes, mais ce sont les illusions de cette dernière qui sont mises en avant. Le livre occupe ainsi une place décisive dans l’itinéraire de Drieu : après les poèmes d’Interrogation et de Fond de cantine, directement issus de l’expérience du front, Mesure de la France le fait entrer dans l’essai politique. Les orientations idéologiques de l’écrivain évolueront profondément – et tragiquement – au cours des deux décennies suivantes, mais plusieurs des interrogations qui les nourriront sont déjà présentes dans ce texte de jeunesse.
Dix ans plus tard, aux questions « Quel ouvrage vous fit le plus connaître ? » et « Lequel considérez-vous comme un chef-d’oeuvre ? » posées lors de l’Enquête mondiale sur les écrivains, Drieu répondit « Mesure de la France » à la première et « Je n’ai écrit aucun chef-d’oeuvre et ne compte pas en écrire » à la seconde…
Rare et véritable tirage de tête, avant les 100 pur fil.



