[Mao zhu xi yu lu]
Premier tirage, premier état.
D’abord conçu comme un instrument de formation politique destiné à l’Armée populaire de libération, le recueil des Citations du président Mao devint bientôt l’un des livres les plus diffusés et les plus immédiatement reconnaissables du XXe siècle. Son format de poche, sa couverture de vinyle rouge et sa diffusion massive pendant la Révolution culturelle lui valurent en Occident le nom de « Petit Livre rouge ».
L’idée du recueil revient au contexte militaire et idéologique du début des années 1960. Lin Piao, ministre de la Défense et chef de l’Armée populaire de libération, encourage alors l’étude systématique de la pensée de Mao au sein des troupes. Il s’agit de fournir aux soldats un manuel portatif, simple, maniable, composé d’extraits des écrits et discours du président Mao, classés par thèmes. D’abord réservé aux cadres et aux unités militaires, l’ouvrage sort rapidement de ce cadre pour devenir un emblème politique, brandi lors des rassemblements, mémorisé, cité, exhibé comme signe d’adhésion révolutionnaire.
L’édition française de 1966 participe directement à cette diffusion internationale. Publiée à Pékin par les Éditions en langues étrangères, elle donne au public francophone l’un des objets centraux de l’imaginaire maoïste. À la fois livre de propagande, manuel politique, objet militant et icône graphique, les Citations circulent alors bien au-delà de la Chine, dans les milieux communistes, marxistes-léninistes, étudiants et tiers-mondistes. La présence du fac-similé de Lin Piao ajoute une forte dimension historique : longtemps présenté comme le plus proche compagnon d’armes de Mao et son successeur désigné, Lin Piao fut brutalement effacé de la mémoire officielle après sa disgrâce et sa mort en 1971, et les éditions postérieures à cette date ne conservent plus ces éléments.


