Il n'a pas été tirés de grands papiers.
Publié anonymement sous la simple lettre « Y. », L’Odyssée d’un transport torpillé est le lauréat du prix Femina 1917. Le prix, interrompu pendant les trois premières années de guerre, fait alors son grand retour en couronnant un roman maritime – à rebours des récits de tranchées. Deux ans plus tard, ce même prix sera décerné à Dorgelès pour Les Croix de bois.
Le texte, sous forme de lettres fictives adressées par le second du cargo Pamir à un ami mobilisé sur un cuirassé, est publié d’abord en feuilleton dans La Revue de Paris en 1917, puis repris chez Payot. Le succès est immense. Maurice Larrouy, alias Y., y révèle, dans un style sobre et technique, la violence du front naval, trop souvent occultée. Il s’agit d’un témoignage de première main : l’auteur, major de l’École navale, capitaine de frégate, décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre, connaît de l’intérieur la réalité qu’il décrit.
Le récit, très tôt jugé trop précis, subira la censure dès la deuxième partie, tandis que la troisième sera interdite de publication pour atteinte au secret militaire : Larrouy y décrivait avec force détails la vie d’un bâtiment ravitailleur dans l’Atlantique, au plus fort de la guerre sous-marine.
Norton Cru n’intègre pas l’ouvrage dans Témoins, mais en justifie ainsi l’absence comme pour : « Tous les récits des combattants, sauf ceux de la guerre sur mer, que je n’ai pas qualité pour vérifier, accepter ou refuser, commenter, juger, citer, classer. Leur inclusion introduirait dans un travail précis un élément de doute, d’à-peu-près et même d’erreur caractérisée. Il se trouvera quelqu’un, espérons-le, pour combler cette lacune. » (Témoins, Introduction générale)
L’Odyssée d’un transport torpillé aurait pourtant toute sa place dans un inventaire des meilleurs témoignages de guerre. Maurice Larrouy quittera la Marine en 1919 pour se consacrer à la littérature, publiant une vingtaine d’ouvrages, souvent sous le pseudonyme de René Milan.
Magnifique exemplaire, de choix, admirablement relié par Pierre-Lucien Martin : une demi-reliure ornée d’un titrage caractéristique de ses premier travaux.










