L’Insoutenable Légèreté de l’être
Jusqu’ici, quatorze auteurs seulement ont pu voir et toucher en ce monde leurs oeuvres imprimées sur papier bible dans la fameuse collection de la Pléiade, après qu’ils eurent fait antichambre dans les collections non moins célèbres au départ – mais de plus en plus encombrées aujourd’hui et de moins en moins sur beau papier -, « Collection blanche» pour les nationaux, « Du monde entier» pour les étrangers. Kundera en est le dernier entrant.
Voici ce qu’en disait, un brin lucide et visionnaire, Bertrand Poirot-Delpech à la parution du roman et incontestable chef-d’oeuvre : « Tchèque de Paris depuis l’invasion russe de 1968, Milan Kundera est en train de devenir un des meilleurs exemples vivants de la fécondité du métissage en littérature. Son dernier roman porte à la perfection la synthèse, amorcée par La Plaisanterie, Risibles Amours et La Valse aux adieux, entre deux traditions européennes du conte philosophique : l’orientale, qui a conduit de Goethe à Kafka, Musil, Gombrowicz, et celle du dix-huitième siècle français, passablement perdue en chemin et que notre hôte ressuscite, riche de son exil forcé, puis choisi (…). Dans la grande lessive que l’Europe de la fin du vingtième siècle fait subir à ses croyances en l’homme et en l’histoire, il faudra désormais compter avec le somptueux scepticisme de Kundera, qui n’exclut ni la gaieté, ni la tendresse » (in Le Monde, 27 janvier 1984).
Jointe, une lettre autographe signée de Milan et Véra Kundera, adressée à une certaine « Gaby », en appelant ici encore à Kafka : le couple l’informe de leur arrivée à Paris, « cette ville bruyante et puante, loin du paradis, ce chef-d’oeuvre du ‘luxe et calme et volupté’ surveillé par Kafka. Mais la vie passe trop vite », regrette Kundera. Suit un mot (en anglais) de Vera «What do they do my black and white children? Are u happy with them as I was ? Thank you et à bientôt dans la ville puante ? Love, Yours, Vera».
Magnifique exemplaire.


