Lettres à un ami allemand
Un des exemplaires sur alfa, celui-ci hors commerce (H.C. n° 2186).
Envoi signé : « À René Bertelé, en souvenir de Chamfort, avec la sympathie d'Albert Camus ».
Ce recueil publié par Gallimard réunit quatre lettres, dont trois préalablement publiées en revue : dans La Revue libre en 1943, dans le troisième numéro des Cahiers de la Libération en 1944, et dans Libertés en 1945. Textes de circonstances, ils forment un exercice de réflexion politique autant qu’un engagement dans la lutte : depuis 1943, Camus, qui a rencontré Francis Ponge et René Leynaud, participe à la Résistance en s’associant à l’équipe de Combat, d’abord à Lyon, puis à Paris.
À la quatrième lettre, Camus a mis en épigraphe une phrase tirée du roman de Senancour, Obermann : « L’homme est périssable. Il se peut ; mais périssons en résistant, et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice. »
Bon exemplaire, offert René Bertelé, que Camus a rencontré à Lyon pendant la guerre, grâce à Pauvert : Bertelé y est alors le rédacteur en chef de la revue lyonnaise Confluences. Il crée en 1944 la collection « Incidences », dans laquelle paraîtra le Chamfort que Camus donnera (ce sera le deuxième titre de cette collection) au printemps 1944 et auquel l’envoi fait référence. Camus plaça Chamfort en tête des moralistes qu’il estime, pour sa « vérité de la vie (…). C’est par cohérence que Chamfort s’est jeté tout entier dans la révolution et que ne pouvant plus parler il a agi, remplaçant le roman par le libelle et le pamphlet ». Camus reviendra plusieurs fois vers cette figure oubliée de la révolte.
Exemplaire de choix, mêlant révolte et résistance, les deux thèmes majeurs de Camus au sortir de la guerre.

