Dans Paris occupé, Jean Cocteau entreprit de transposer à l’écran le conte de Mme Leprince de Beaumont, La Belle et la Bête.
Dans son journal de ces années-là, l’auteur de Potomak indique que celui de Marius, Fanny et César que leurs mondes « ne peuvent se mélanger ». Et pourtant, Pagnol, qui admire Cocteau, fut un acteur discret mais décisif de l’aventure : il convainquit la Gaumont puis le producteur André Paulvé de soutenir le projet, et facilita le choix de l’actrice principale, Josette Day, sa compagne qu’il venait pourtant de quitter. La rencontre fut organisée autour d’un dîner chez Lili de Rothschild : l’actrice s’y présenta toute bouclée, maquillée, apprêtée, aux antipodes de ce qu’en espérait Cocteau. Le costumier-décorateur du film, Christian Bérard, l’emmena aux lavabos : il lui passa la tête sous l’eau, trempa ses cheveux qu’il attacha en chignon et la ramenant à table, s’exclama : « la voici, la Belle ! ».
Pour un résultat merveilleux et un film devenu mythique. Cocteau lui-même, dans son Journal d’un film, souligne les difficultés du tournage dans un Paris ravagé par les pénuries et les restrictions, mais aussi la joie de son accomplissement. Le film fut réalisé dans l’immédiat après-guerre (du 27 août 1945 au 11 janvier 1946) – les scènes de la maison de Belle furent tournées au Manoir de Rochecorbon en Indre-et-Loire, près de Tours – et remporta le Prix Louis Delluc 1946, récompense annuelle et unique pour le cinéma français.








