Les Plaisirs et les Jours

Paris, Calmann-Lévy, 1896.
1 vol. (195 x 290 mm) de 273 p. [273 ch. 271], [2] et 2 f. Demi-chagrin marine à coins, dos à nerfs, titre doré, tête dorée, couvertures conservées (reliure moderne).
Edition originale illustrée par Madeleine Lemaire. Préface d'Anatole France.

Ce recueil de poèmes en prose – et son premier ouvrage publié – et de nouvelles s’inspire fortement du décadentisme et notamment du travail de Robert de Montesquiou. Il est illustré de belles compositions de Madeleine Lemaire, chez qui Proust avait passé trois semaines pendant l’été 1895, dans sa résidence de Dieppe, que fréquentera également Reynaldo Hahn.

Dans sa correspondance, et à maintes reprises, l’auteur affirmera y avoir travaillé lorsqu’il était encore collégien. Après quelques difficultés, Calmann-Lévy accepte d’éditer le volume, qui paraît en librairie le 12 juin 1896. La critique fut très modérée ou presque silencieuse, quoique Léon Blum, dans La Revue blanche, nota avec clairvoyance : « j’attends avec beaucoup d’impatience et de tranquilité son prochain livre ». Mais un autre, un certain Paul Duval plus connu sous le nom de plume de Jean Lorrain, signa un article fiéleux dans Le Journal : «oeuvre surfaite» qui toucha Proust au point qu’il provoqua Lorrain en duel, le 6 février 1897 dans le bois de Meudon. L’écrivain avait choisi le peintre Jean Béraud et Gustave de Borda comme témoins, le critique, Paul Adam et Octave Uzanne : les deux balles échangées, fort heureusement, n’atteignirent aucun des deux écrivains.

Pendant ce temps, Les Plaisirs… se vendirent mal. De fait, il n’y aura pas de réimpression de l’ouvrage avant 1924, bien que du vivant de l’auteur, Gaston Gallimard, auquel il avait cédé son texte « sans droits », l’ait envisagé. Notons enfin que l’illustre préfacier, Anatole France, murmura à son secrétaire, Jean-Jacques Brousson, au moment d’entreprendre ce travail que Proust écrivait des « phrases interminables à vous rendre pulmonique ». Il n’empêche, elles forment les prémices d’un style, d’une vision qui s’accompliront dans la Recherche et que Proust résumera en ces termes : « La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature ».

Fragments du dos conservés, avec nombreux manques, remontés sur fond uni.

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