Les Grandes Vacances

1939-1945
Paris, Les Éditions de La Nouvelle France, (16 mai) 1946.
1 vol. (140 x 190 mm) de 423 p., [2] et 1 f. Demi-maroquin brun à coins, dos à nerfs, titre doré, date en pied, tête dorée, couvertures et dos conservés (reliure signée de Devauchelle).
Rarissime tirage, parue avant l'originale et réservée aux membres du jury Goncourt.

Tirage unique à 30 exemplaires : exemplaire n° I, contenant en fin : 6 maquettes originales d'essais pour la création de la couverture des Editions de France à venir, qui sera publiée en juin 1946.

Envoi signé : « À Raymond Morin, ce livre qu'il a suscité, encouragé et permis, par sa sympathie et, du moins je l'espère, par divination (mais l'avenir seul nous l'apprendra). Avec ma vive gratitude pour l'éditeur et mon amitié pour l'homme, Francis Ambrière ».

Les Grandes Vacances reçut le prix en 1946, mais rétrospectivement pour l’année 1940, le prix ayant alors été réservé. Le livre n’est pas un roman, mais le témoignage direct d’un prisonnier de guerre français, captif en Allemagne de juin 1940 à mars 1945. Ambrière y compose la chronique d’une génération d’hommes enfermés, entre héroïsme, abattement, compromissions et résistance intérieure. Ce Goncourt de rattrapage, attribué au sortir de la guerre, fait figure d’exception dans le palmarès : il couronne moins une fiction qu’un livre de témoignage, en concurrence avec deux autres récits majeurs de l’expérience combattante ou concentrationnaire : Le Sacrifice du matin de Pierre de Bénouville et L’Univers concentrationnaire de David Rousset.

Le ton du livre reste profondément marqué par son époque : patriotique, viril, parfois rude jusque dans ses jugements. Ainsi à propos des relations nouées entre des prisonniers français et des Allemandes : « il faut bien dire pourtant que la sentimentalité complaisante et niaise des Allemandes, autant que leur sensualité parfois bestiale, offrait aux Français des proies qu’ils n’avaient nul mal à forcer ». On n’oubliera pas également des pages d’une singulière lucidité, notamment lorsque l’arrivée des troupes américaines et l’abondance soudaine de leurs vivres ouvrent, aux yeux des prisonniers affamés une image presque publicitaire du monde nouveau : « Ce mépris de la nourriture et cette surabondance dégoûtaient un peu après tant de privations que nous avions souffertes, et l’absurdité d’un tel gaspillage criait contre les hommes. Tout n’était-il fait que pour aboutir à cette espèce de caravane publicitaire, qui semait au long de la route les échantillons de ses produits, comme une réclame géante de la jeune Amérique parmi les peuples affamés de la vieille Europe ? ».

Très bel exemplaire.

#31982
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