Un des 10 exemplaires nominatifs sur alfa réservés aux membres de l'Académie Goncourt, celui-ci pour Armand Salacrou « afin de lui rappeler un voisinage à mes yeux trop bref et trop silencieux à la Cité universitaire, et lui témoigner une admiration littéraire qui remonte bien plus haut que mes premiers essais. Roger Ikor, 21/12/55 ».
Prix Goncourt 1955. Professeur de lettres classiques, Roger Ikor (1912-1986) reçoit le prix pour Les Eaux mêlées, récit d’une famille juive alsacienne. L’oeuvre fait suite à La Greffe de printemps, paru en janvier de la même année ; les deux textes constituent la première et la deuxième partie d’un volume intitulé Les Fils d’Avrom : les deux épisodes explorent les dilemmes identitaires de l’après-guerre et l’installation sur le sol français d’un juif lituanien et de sa famille entre le début du XXe siècle et le commencement des années 50.
Si le prix consacre l’ambition d’une vaste saga de l’intégration, l’ouvrage suscite aussi une vive controverse dans la presse juive. Plusieurs critiques reprochent à Ikor de caricaturer la condition juive, d’affaiblir sa mémoire ou de céder aux poncifs de l’assimilation. La revue Targoum publie ainsi une réfutation à laquelle participe un jeune écrivain, André Schwarz-Bart. Celui-ci en tirera sans doute les leçons pour la rédaction du Dernier des Justes, prix Goncourt 1959, qui n’échappera pourtant pas aux mêmes reproches – parfois formulés dans des termes presque identiques.
La polémique autour des Eaux mêlées illustre ainsi les tensions vives qui traversent l’après-guerre : comment écrire la judéité, entre mémoire, transmission et regard extérieur ? Le Goncourt 1955 marque une étape importante de ce débat littéraire et identitaire, annonçant par contraste la réception houleuse du chef-d’oeuvre de Schwarz-Bart.
Précieux exemplaire nominatif de l’édition confidentielle sur alfa, avec 13 exemplaires réservés pour l’auteur, l’éditeur et les membres de l’Académie Goncourt – celui-ci offert à Armand Salacrou (1899-1989), membre de l’Académie Goncourt depuis 1946. Comme l’année précédente avec les deux recueils de Pierre Gascar, l’édition regroupe les deux volumes publiées pendant l’année par le lauréat.
