Les Cloches sur le coeur
Illustrée de trois compositions à pleine page de Louis Serrière-Renoux.
Un des 150 exemplaires sur papier vergé, seul tirage avec trois exemplaires sur Lafuma (n° 61).
Envoi signé : « À Michel Rousselot, homme de sac et de corde, d’une main sûre pour qu’il colle à la balle. Son ami, René Char ».
Précieux exemplaire enrichi du manuscrit autographe du dernier poème du recueil, « pour une vierge », signé et daté du 10 octobre 1927, soit l'un des derniers composés à l'automne avant la composition définitive.
Imprimé à 153 exemplaires seulement, ce recueil est d’une grande rareté : René Char en détruira la quasi-totalité, désavouant cette production de jeunesse : « son titre me devint rapidement haïssable ; mais à vrai dire, derrière ce titre, c’étaient des poèmes dont je n’étais guère fier ». Le sort de ces trente-huit poèmes, écrits entre 1925 et 1927, poèmes de jeunesse composés entre sa dix-huitième et sa vingtième année est singulier et rude : Char ne l’évoquera plus dans sa bibliographie qu’il fera par la suite la faisant débuter avec Arsenal !
Les manuscrits de René Char de cette époque sont rarissimes et il n’existe pas de manuscrits de ce recueil – le premier de René Char – et les quelques manuscrits connus des poèmes ont été dispersés au gré des volumes.
C’est à Nîmes, où René Char effectue, depuis 1927 et pour dix-huit mois, son service militaire dans le régiment d’artillerie, qu’il s’attelle à la composition du recueil. Il termine sa mise en forme à l’automne 1927 ; sa publication, à compte d’auteur, est assurée par une petite maison d’édition parisienne, qui publie une revue littéraire, Le Rouge et le Noir à laquelle Char a collaboré régulièrement entre 1925 et 1927 – l’un des poèmes des Cloches « Ravage de la Lune » y a d’ailleurs déjà paru et Char dédiera le poème « Sonatine », l’un des derniers composés à son directeur Henri Lamblin.
Les volumes, imprimés sur « les presses d’Albert de Mallortie, maître-imprimeur à Roubaix », lui sont livrés en mai 1928 à Nîmes. L’édition est illustrée de 3 dessins à pleine page de Louis Serrières-Renoux, géomètre et momentanément artilleur à Nîmes, dans le même régiment que celui de Char. Serrières-Renoux sera aussi le créateur de la couverture de l’éphémère revue Méridiens fondée par le poète en 1929 et qui ne connaîtra que 3 numéros.
Les exemplaires dédicacés des Cloches sur le coeur sont significatifs de l’entourage intellectuel du jeune René Char : ceux des poètes qui comme lui participent aux petites revues littéraires de l’époque : à Jean Gleizes (Nîmes, mai 1928), Lucien Franchi (Marseille, 1928) ; Maurice Courtois-Suffit (Nîmes, mai 1928) ; André Cayatte (Nîmes, mai 1928) ; Julien Lanoë (non situé, juin 1928) et Armel Ferrand (Nîmes, juillet 1928, avec deux manuscrits) ; une seule dédicace est connue à un poète ‘installé’, celle à Jules Supervielle (Nîmes, mai 1928). Il offrira, plus tardivement, trois autres exemplaires : à Yves et Jeannette Tanguy (en 1946) ; à Paul Éluard (en 1947) et à Yves Breton (en 1951).
Très bel exemplaire, enrichi d’une des pièces autographes les plus anciennes de René Char.



