Les Cloches sur le coeur
Imprimé à 153 exemplaires seulement, ce recueil est d’une grande rareté : René Char en détruira la quasi-totalité, désavouant cette production de jeunesse : « son titre me devint rapidement haïssable ; mais à vrai dire, derrière ce titre, c’étaient des poèmes dont je n’étais guère fier ». Le sort de ces trente-huit poèmes, écrits entre 1925 et 1927, poème de jeunesse composés entre sa dix-huitième et sa vingtième année est singulier et rude : Char ne l’évoquera plus dans sa bibliographie qu’il fera par la suite ensuite débuter avec Arsenal !
Les manuscrits de René Char de cette époque sont rarissimes et il n’existe pas de manuscrits de ce recueil – le premier de René Char – et les quelques manuscrits connus des poèmes ont été dispersés au gré des volumes.
C’est à Nîmes, où René Char effectue, depuis 1927 et pour dix-huit mois, son service militaire dans le régiment d’artillerie, qu’il s’attelle à la composition du recueil. Il termine sa mise en forme à l’automne 1927 ; l’édition, à compte d’auteur, est assurée par une petite maison d’édition parisienne, qui publie une revue littéraire, Le Rouge et le Noir à laquelle Char a collaboré régulièrement entre 1925 et 1927 – l’un des poèmes des Cloches « Ravage de la Lune » y a d’ailleurs déjà paru et Char dédiera le poème « Sonatine », l’un des derniers composés (ici avec son manuscrit) à son directeur Henri Lamblin.
Les volumes, imprimés sur « les presses d’Albert de Mallortie, maître-imprimeur à Roubaix », lui sont livrés en mai 1928 à Nîmes. L’édition est illustrée de 3 dessins à pleine page de Louis Serrières-Renoux, géomètre et momentanément artilleur à Nîmes, dans le même régiment de Char. Serrières-Renoux sera aussi le créateur de la couverture de l’éphémère revue Méridiens revue fondée par René Char en 1929 et qui ne connaître que 3 numéros.
Les exemplaires des Cloches sur le coeur sont significatifs de l’entourage intellectuel du jeune René Char : ceux des poètes qui comme lui participent aux petites revues littéraires de l’époque. Parmi ce premier cercle poétique et amical, Armel Ferrand, qui reçoit son exemplaire avec une lettre d’importance tant elle situe le René Char de cette première époque :
« Mon cher Armel, je t’envoie mes Cloches.
Elles furent souvent d’amertume façonnées qu’elles sont au ventre des batailles, cette amertume même nous ne l’épuiserons jamais : nous sommes trop lâches et nous complaisons dans le mal que nous faisons égoïstement nôtre. Je souhaite de tout mon coeur qu’elles te plaisent et s’il s’en dégage un quelconque apaisement je serai comblé. À toi affectueusement. R. E. Char. »
Char n’en offrira ainsi que quelques exemplaires : Jean Gleizes (Nîmes, mai 1928), Lucien Franchi (Marseille, 1928) ; Maurice Courtois-Suffit (Nîmes, mai 1928) ; Michel Rousselot (non situé, 1928, avec le manuscrit du poème « Pour une vierge », le dernier du recueil), Julien Lanoë (non situé, juin 1928) et André Cayatte (Nîmes, mai 1928), Jules Supervielle (Nîmes, mai 1928) et André Breton (non situé, septembre 1930).
Il offrira, plus tardivement, trois autres exemplaires : à Yves et Jeannette Tanguy (en 1946) ; à Paul Éluard (en 1947) et à Yves Breton (en 1951).
Provenance : bibliothèque d’Armel Ferrand (ex-libris dessiné, en regard de la citation de William Blake).





