Les Civilisés
Officier de marine, c’est d’abord avec ses romans exotiques et coloniaux qu’il connaît, à l’instar de Pierre Loti quelques années plus tôt, le succès. Le Goncourt obtenu avec Les Civilisés seront les premières étapes d’une longue carrière, couronnée par son élection à l’Académie française en 1935. Claude Farrère, alias Charles Bargone, a un peu comme John-Antoine Nau (Goncourt 1903) un parcours original qui plaît bien aux journalistes, puisqu’il est alors un tout jeune romancier – les Civilisés est sa troisième publication, et il n’a que 29 ans. Encore mieux : au moment où il reçoit le Goncourt, il est à bord du Saint-Louis, le cuirassier sur lequel il sert, puisqu’il est alors enseigne de vaisseau et qu’il sera promu lieutenant l’année suivante ; il aura quitté la France en octobre, juste après la corrections des dernières épreuves du texte (corrigées depuis l’imprimerie de Saint-Denis entre avril et septembre) et une parution en décembre, portant millésime 1906. Juste à temps pour faire parvenir des exemplaires au jurés Goncourt, captivés par cette une épopée exotique et ce réquisitoire anti-colonialiste. Ils éjectent ainsi de la liste Romain Rolland et son Jean-Christophe (qui aura tout de même le Femina), pour ne retenir que Marius Ary-Leblond, Jules Huret, André Chevilly et Claude Farrère, qui sera proclamé, sans trop de tours de tables, avec les civilisés, « roman d’une étrange facture, [qui] justifie sa valeur rare le choix que les Dix viennent de faire » (Le Temps, 9 décembre 1905), dont l’action se situe principalement à Saïgon et tourne autour de trois personnages: Mévil, médecin, Torral, ingénieur, Fierce, officier de marine. Ils incarnent une colonisation déliquescente, en proie aux vices et aux tentations des terres asiatiques.
Précieuse reliure souple japonisante de belle facture.
L’exemplaire est offert à Marguerite Jeanne Japy, célèbre salonnière, épouse du peintre académique Adolphe Steinheil jusqu’en 1908. Elle est connue pour avoir entretenu une liaison avec le président Félix Faure – mort dans ses bras (au bas mot) – au palais de l’Élysée, qui valent à sa maîtresse le sobriquet de « la pompe funèbre ». Parmi les autres « bons mots » survenus à l’aube de cette truculente affaire, citons ceux de Clémenceau, « Il se voulait César, mais ne fut que Pompée », ou l’échange entre le majordome de Félix Faure et le prêtre appelé à l’Élysée en catastrophe pour administrer les derniers sacrements : « Le président a-t-il encore sa connaissance ? – Non, monsieur l’abbé, elle est sortie par l’escalier de service ».


