Les Champs d’honneur
Envoi signé : « Pour Jean-Claude Lamy, le plus courageux des journalistes, pour avoir passé, dans le froid, une après-midi chaleureuse au kiosque. Avec toute ma sympathie, Jean Rouaud, 12 Nov. 90 Paris ».
Premier roman de Jean Rouaud (né en 1952), Les Champs d’honneur surprit la critique par sa prose limpide et lyrique, ancrée dans une mémoire familiale endeuillée par la Grande Guerre. Il paraît au milieu de l’été et Françoise Giroud, dès le mois d’août, écrivait que « la rumeur court, flatteuse, et résonne dans le plus puissant circuit de publicité, le bouche à oreille ; quelque vingt mille lecteurs achètent, en un mois, Les Champs d’honneur, chiffre considérable pour le premier roman d’un inconnu. »
La critique se partagea : certains saluèrent un livre « miraculeux » qui rendait à la littérature son pouvoir d’émotion et de mémoire, d’autres soupçonnèrent un « coup éditorial » de Jérôme Lindon, patron des éditions de Minuit, en quête de renouveau après les succès du Nouveau Roman et de Duras. Cette polémique fera long feu, tant les avis sont unanimes. Le 6 novembre 1990, dès le premier tour et à la presque unanimité (deux voix se portèrent sur Philippe Labro), l’Académie Goncourt propulse cet auteur inconnu, kiosquier de la rue de Flandre, sur le devant de la scène littéraire. Les ventes explosèrent (plus de 500 000 exemplaires), assurant à Minuit un nouveau succès inattendu.
Le texte inaugure un cycle romanesque consacré à l’histoire familiale et régionale qui s’est peu à peu affirmé comme une méditation sur la mémoire, la filiation et le passage du temps. Les Champs d’honneur n’a depuis, assurément, pas pris une ride et demeure un des grands textes français de cette décennie-là, voire de cette fin de siècle, sur un sujet pourtant bien des fois abordé – celui de la première Guerre Mondiale.
