Les Bienveillantes
Exemplaire des épreuves avec tampon : « Ouvrage non corrigé - Service de Presse - Ne peut être vendu ».
Envoi signé : « Pour M. Gérard Pouguet avec les meilleurs vœux de l'auteur, Jonathan Littell, 26.II.24 ».
Jonathan Littell a sans doute bousculé l’ordre des choses avec Les Bienveillantes. Gallimard, en quatrième de couverture, n’y allait pas de main morte : il y évoquait Les Damnés de Visconti, ou encore Vie et destin de Grossman, auquel Georges Nivat rajoute les Frères Karamazov et Les Démons de Dostoïevski : Les Bienveillantes « n’est pas une révolution dans l’écriture, c’est une révolution dans le fret fictionnel : une nef chargée de tant d’histoire, de nuit, de sang, de pulsions, nos ports n’en n’avaient plus reçu depuis longtemps ». On aurait pu y ajouter le terrible Kaputt de Malaparte, et l’embarcadère aura été plein comme un oeuf.
« Plus j’avançais dans la lecture des textes de bourreaux, plus je réalisais qu’il n’y avait rien. Je n’allais jamais pouvoir avancer en restant sur le registre de la recréation fictionnelle classique avec l’auteur omniscient, à la Tolstoï, qui arbitre entre le bien et le mal. Le seul moyen était de se mettre dans la peau du bourreau », pour mieux faire parler les autres, car Littell voulait un narrateur qui puisse être lucide, détaché : « les lecteurs se focalisent beaucoup sur Max, mais pour moi tous les autres, tous ceux que Max décrit, étaient aussi importants. Que ce soit Eichmann, que ce soit Rebatet, que ce soit les gens que j’ai inventés, j’ai essayé de montrer toute la gamme des nazis qu’il pouvait y avoir. Du petit nazi de base jusqu’à Himmler. Et Max comme figure me servait à ça. Lui, il pouvait observer. J’ai lu l’article d’un historien français qui a émis l’idée très intéressante que Max mentait. Moi, je n’avais jamais pensé à ça. Un nazi qui n’est pas antisémite, qui ne lit pas Rosenberg et qui préfère Flaubert est-il crédible ? Il n’y a aucune raison de croire ce type sur parole. Peut-être qu’il ment, mais peut-être qu’il était complètement antisémite, qu’il lisait Rosenberg, Hitler, Streicher » (conférence au Berliner Ensemble, le théâtre emblématique de Bertolt Brecht, le 30 mars 2008).
Rarissime tirage de juin, en épreuves non corrigées, tiré à petit nombre.

