L’Ecume des jours
« Il y a seulement deux choses : c’est l’amour de toutes les façons avec des jolies filles, et la musique de la Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington, c’est la même chose. Le reste devrait disparaître, car le reste est laid. »
A la parution de ce roman, Boris Vian est le jazzman de l’orchestre Abadie qu’il a monté en pleine Occupation et dans la plus complète clandestinité. Grâce à son ami Claude Léon, le batteur du groupe, il entre à l’Office du papier : un emploi de rêve où il ne lui est rien demandé d’autre que de faire acte de présence. L’Ecume des jours sera écrite dans la vaste pièce qu’il partage avec Léon et qui leur sert de «bureau», en neuf semaines, achevée le 13 juin 1946 : ce sera juste à temps pour concourir pour le prix de la Pléiade, sur les conseils de Paulhan.
Le roman vaudra tout de même au jeune auteur de collaborer dans la revue des Temps modernes ; bien naturel somme toute puisque l’un des héros du livre est un fervent lecteur (et collectionneur) des oeuvres de Jean-Sol Partre. La véritable gloire, l’auteur la gagnera quinze ans plus tard, grâce à Jean-Jacques Pauvert, éditeur de ses oeuvres complètes, lorsqu’il en rachètera les droits en 1960 : « La maison Gallimard m’a même demandé comme un service de la débarrasser du stock d’invendus qui lui restaient sur les bras. Elle me les a vendus au prix du papier ! Autant dire qu’entre 1947 et 1963, il ne s’en était pas vendu des masses…»
