Le Très-bas
Le Très-Bas n’est pas une biographie ni une hagiographie comme les autres. C’est une promenade, telle que Bobin les affectionne, au coeur de l’âme de François d’Assise. Il en visite les images les moins connues : celle de l’enfance dont les textes ne disent rien, celle du jouisseur de la vie et de ses plaisirs, rêvant de chevalerie et de belles princesses. Si François d’Assise est un saint, c’est parce qu’il est un « merveilleux conducteur de joie » et parce qu’il a compris que « la vérité n’est pas dans la connaissance qu’on en prend mais dans la jouissance qu’elle donne ».
Christian Bobin a semble-t-il trouvé en la vie de François d’Assise une très fidèle illustration de ce chemin qui parcourt l’ensemble de son oeuvre (citons La Part manquante, Éloge du rien, La Souveraineté du vide…), où la solitude est une matière. Elle est plus une grâce qu’une malédiction, profondément ancrée encore depuis la disparition brutale de son amie l’été 1995. Un deuil qu’il raconte dans La plus que vive (Gallimard, 1996).
Le succès est venu plus tard, porté par la grâce de ce Très-bas consacré à la vie spirituelle de Saint François d’Assises, une oeuvre poétique et spirituelle, apologie des humbles et de la solitude méditative. Il tutoie François d’Assise et « fait lui-même un peu figure de franciscain aux pieds nus faisant jaillir sous sa plume des bonheurs inconnus au plus grand nombre » : « Il (Saint François d’Assise) n’a pas le goût des malédictions, ce goût des faibles. Sa voix et calme, si calme qu’elle fait s’approcher les pauvres qui ne connaissent du monde que des aboiements. Il emprunte la voie du Très-Bas, jamais celle du Très-haut. »
Dans sa vie quotidienne, cet écrivain célèbre, loin des feux de la rampe des célébrités littéraires se confond presque à cette ascète : « Ma vie, avoue-t-il dans son nouveau livre, Louise Amour, s’était passée dans les livres, loin du monde, et j’avais, sans le savoir, fait avec mes lectures ce que les oiseaux par instinct font avec les branches nues des arbres : ils les entaillent et les triturent jusqu’à en détacher une brindille bientôt nouée à d’autres pour composer leur nid ».

