Bel article sur Mounet-Sully, paru dans Le Journal du 7 juin 1896, puis recueilli dans Gens de théâtre (1924).
Beau manuscrit d’un article cinglant publié dans Le Journal du 7 juin 1896, repris ensuite dans Gens de théâtre (1924) : Mirbeau y raconte, avec sa verve satirique, une visite à Mounet-Sully, à qui il rapporte le « blasphème » de Catulle Mendès – ce dernier, dans un texte intitulé Le Vrai Hamlet, reprochant à l’acteur d’incarner non pas l’Hamlet de Shakespeare, mais une vision « romantique » héritée de Delacroix. Le « grand tragédien » écoute, impassible, puis laisse tomber, d’une voix « de gouffre », la riposte devenue mot-de-passe de la chronique : « Décidément, il y a quelque chose de pourri dans le Danemark de la littérature ».
Tout Mirbeau est là : le théâtre vu par le prisme du tempérament, la pointe qui démasque les postures, et l’art du portrait instantané – jusqu’à cette provocation paradoxale où l’on soutient qu’« à quoi bon des pièces, puisqu’il y a [la] voix, [les] gestes et [les] dents » de Mounet-Sully.
La pièce s’inscrit aussi dans une histoire littéraire vécue : Mirbeau et Mendès, amis en 1896, s’étaient naguère croisés l’épée à la main (duel « courtois » du 29 décembre 1884), avant que Mirbeau n’en fasse amende honorable dans ses Impressions littéraires (1888) ; et c’est encore à Mendès que Mirbeau confiera, bien plus tard, le premier jet des Affaires sont les affaires.







