L’Anti-vierge

Paris, Losfeld, Le Terrain vague, (octobre) 1968.
1 vol. (195 x 245) 293 p. et [1] f. Broché, sous couverture bleue imprimée en rouge et noir.
Édition originale.

Un des 50 premiers exemplaires sur vergé d'Arches (n° 6).

Rare tirage en grand papier du complément d’Emmanuelle, d’abord paru clandestinement en 1959. Le nom de l’auteur apparaît pour la première fois huit ans plus tard : Emmanuelle Arsan. Un pseudonyme : celui de Louis-Jacques Rollet-Andriane, diplomate français des Nations unies pour l’Otase (Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est), après avoir été en poste à Bangkok. L’ouvrage est rédigé sous couvert de sa femme, Marayat Andriane Bibidh, alors âgée de vingt ans et d’origine thaïlandaise, qu’il avait épousée lorsqu’elle avait seize ans.

« La première publication d’Emmanuelle s’est faite sous le manteau. Le livre a eu un impact considérable. J’ai eu – ce qui était très rare pour un livre clandestin – énormément d’articles, tous favorables. Les critiques n’ont pas joué le petit jeu du parisianisme, c’est-à-dire ‘être au courant’ ou faire semblant. Tout le monde disait : ‘un livre qui ne porte pas de nom d’éditeur’ – alors que c’était moi qui le leur avais adressé, en leur précisant surtout de ne pas mentionner mon nom, car, à cette date-là, c’était la correctionnelle ‘sans bavures’ » (Eric Losfeld, Endetté comme une mule, ou la passion d’éditer, Paris, Belfond, 1979, p. 162).

Le livre sera officiellement publié au Terrain Vague en 1967, avec pour nom d’auteur, cette fois, Emmanuelle Arsan. En quelques semaines, 100 000 exemplaires s’arrachent et Emmanuelle se place au treizième rang des livres les plus vendus en 1968. Avant de voir la publication condamnée. Le 11 janvier 1968, un arrêté du ministère de l’Intérieur tombe : ni publicité, ni exposition dans les librairies. Mais l’interdiction partielle ne fait qu’attiser la curiosité et le catalogue général de Losfeld, à l’hiver 1968, porte une note dans la rubrique « Second rayon » : « Nous rappelons à MM. les libraires que cet ouvrage, par arrêté du ministère de l’intérieur, a fait l’objet des mesures d’interdiction suivantes : proposition et vente à des mineurs de dix-huit ans, exposition, publicité par voie d’affiche ». Losfeld, toujours provocateur, n’en annonçait pas moins, dans un encadré juste au-dessous, la sortie en octobre 1968 du second volume d’Emmanuelle : L’Anti-vierge.

Comme pour l’édition de 1967 d’Emmanuelle, le volume a droit à un tirage en grands papiers, à 50 exemplaires réimposés.

Dutel, Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1920 et 1970, n° 1470 ; Pia, 415.

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