L’action de la justice est éteinte
C’est le quatrième recueil publié par ke poète : il est composé de douze poèmes (« Poème », « Sommeil fatal », « Voyageur sans tunnel », « La main de Lacenaire », « Le Fantôme de Lola Abat », « L’Artisanat », « Poètes », « L’Esprit poétique », « Les Messagers délirants de la poésie frénétique », « Les Soleils chanteurs », « L’Instituteur révoqué » et « L’Amour ») et imprimé en juillet 1931 par les imprimeurs Ducros et Colas pour le compte des Éditions surréalistes, que dirige José Corti. Il est dédié à André Breton et doit son titre à une phrase incomplète extraite de À Rimbaud (« L’action de la justice est éteinte là où brûle, où se tient la poésie, où s’est réchauffé quelques soirs le poète »). C’est, après Hommage à Sade (15 exemplaires) et Arsenal (26 puis 39 exemplaires) l’ouvrage avec le tirage le plus confidentiel identifié dans la bibliographie de Pierre André Benoit publié avant 1950. Le recueil sera repris, avec quelques corrections, dans Le Marteau sans maître, toujours chez Corti, en 1934. Il sera ensuite intégré au recueil Moulin premier.
Le manuscrit ayant servi à l’impression n’est pas connu, et une version légèrement modifiée sera offerte à Marcel Fourier (Bibliothèque Marcel Fourier, Librairie Faustroll, 2022, n° 71).
Rare exemplaire d’essai, qui contient le cahier central imprimé en vert (cinq exemplaires de tête le seont intégralement), que Char aura conservé dans sa bibliothèque avec la lettre que lui envoie Joë Bousquet le 18 novembre 1931, depuis Carcassonne. Ce dernier écrit à Char l’émotion que lui a procuré ces poèmes : « René Char, votre livre est d’un ton tout nouveau et je l’aime. Je sens combien l’amitié de Paul Éluard vous domine et tout ce qu’elle vous oblige à devenir. Or toutes les surprises que vous nous procuez sont des surprises heureuses. L’Action de la justice est éteinte est une oeuvre vraiment surréaliste, du très petit nombre de celles qui comblent notre attente (…). P.S : mes amitiés à Eluard. ». Ce dernier aura reçu, à la fin du mois de septembre, son exemplaire imprimé en vert, dont il accuse réception à Char : « Mon cher René, quel beau livre, oui. Depuis que je le connais, depuis que je le relis, j’y suis plus attaché qu’à ma tête (…) J’aime ce livre, de beaucoup le plus étonnant que tu aies fait ».
Il est probable que Char et Bousquet ont fait connaissance vers 1929, par l’intermédiaire d’André Cayatte, à l’époque de la revue Méridiens qui publie les poètes du Sud et à laquelle Bousquet songea confier la publication de son premier livre, Il ne fait pas assez noir. Leur amitié resta toujours intacte, dès les premiers temps. Bousquet, à la parution de Seuls demeurent et de la réédition du Marteau sans maître, en 1945, lui écrira combien son existence lui « aura été indispensable » ; un an plus tard, dans un article consacré à Feuillets d’Hypnos dans La Gazette des lettres, Bousquet écrit encore : « Celui des hommes que j’estime le plus est aujourd’hui René Char ».
Cette belle lettre et l’exemplaire sont reproduits dans L’Atelier du poète (p. 156).

