La Vie des abeilles
Suivant la vie d’un essaim avec une précision d’observateur et une tenue de style qui expliquent son immense fortune critique, Maeterlinck – Nobel 1911 – fait de cette « étrange petite république » un modèle d’organisation et un miroir moral, donnant à ce texte fondateur de sa trilogie des insectes sociaux (suivront La Vie des termites, 1925 ; La Vie des fourmis, 1930) la portée d’un essai poétique et philosophique autant que naturaliste qu’il est grand temps de redécouvrir.
Magnifique exemplaire de cet ovni littéraire, dans lequel on découvre – avec ravissement -, au premier tome, la vie intime de l’apis mellifica, communément nommée « abeille » et de son essaim, depuis qu’il a quitté la ruche chaude et confortable pour affronter un monde plein de périls, Maeterlinck évoquant « une étrange petite république, si logique et si grave, si positive, si minutieuse, si économe, et cependant victime d’un rêve si vaste et si précaire ».
Vingt-cinq ans après, la vie des termites va attirer fortement son attention, car elle constitue une contrepartie de la vie des abeilles : « C’est en quelque sorte le jour et la nuit, l’aube et le crépuscule, le ciel et l’enfer. » Maeterlinck rappelle que la « civilisation » des termites est la « plus ancienne que l’on connaisse […] la plus curieuse, la plus complexe, la plus intelligente et, en un sens, la plus logique, la mieux adaptée aux difficultés de l’existence qui, avant la nôtre, se soit manifestée sur ce globe ». Suivra enfin La Vie des fourmis, qu’il avait jusqu’alors négligées dans son observation de la vie animale, car il les croyait « antipathiques, ingrates et trop connues ». Il veut alors leur rendre justice, soixante ans avant le best-seller de Benard Werber.
De la bibliothèque Elvire Choureau (ex-libris) : libraire-éditrice d’exception, elle fonde en 1922, avec Georges Duhamel (alors directeur du Mercure de France), la librairie L’Artisan du livre, au 22, rue Guynemer, à deux pas du Luxembourg. Elle en fera, jusqu’en 1976, un lieu de haute bibliophilie et de sociabilité littéraire – fréquenté notamment par Paul Valéry et Colette – dont la vitrine mêle premières éditions, tirages de tête et reliures, à l’ombre tutélaire de son partenaire intellectuel et ami Duhamel. Chevalier de la Légion d’honneur pour vingt-cinq ans de pratique, elle mène parallèlement une véritable activité d’éditrice. En 1976, l’adresse passe sous l’enseigne Giraud-Badin, et est aujourd’hui celle de la maison Alde, prolongeant la vocation bilbiophilique du lieu.
Splendide reliure en plein box de Martin, sous coffret commun.
S. Laboureur, Catalogue complet de l’oeuvre de Jean-Émile Laboureur, II, n° 425.






