La Terre vue du ciel

Île Fraser, Queensland, Australie
[Paris, pour l'auteur, 2000].
1 tirage en couleurs sur agfa blanc brillant, monté sur carton fort (200 x 100 cm)
Exceptionnel et unique tirage original grand format : celui accroché aux grilles du jardin du Luxembourg pendant l'exposition princeps La terre vue du ciel, de mai à décembre 2000.

C'est l'une des 118 photographies données à voir aux visiteurs, conservé sur son support d'origine.

L’idée du livre fut émise lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, lorsque Yann Arthus-Bertrand décide de lancer un grand projet photographique sur l’état du monde et de ses habitants. Il hypothèque sa maison et se lance dans un survol de la planète en hélicoptère – quatre-vingts pays au compteur, sur les cinq continents – pendant lequel il prend des milliers de photographies. Six ans de labeur, de choix, de tri, pour un résultat spectaculaire et un succès éditorial de premier ordre, alors que le risque est important : « les esprits s’échauffent dans les couloirs de la maison d’édition de La Martinière quant au sort de ce « monstre » grand format (37 cm sur 29), qui pèse 3,5 kg, compte 426 pages, essentiellement des photos en double page, et bénéficie d’un choix de papier et d’un souci de gravure et d’impression exceptionnels. Le pari est risqué. À quel prix mettre en vente les 35 000 premiers exemplaires imprimés – tirage déjà considérable pour un beau livre? Contre les préconisations de l’éditeur, Arthus-Bertrand défend un prix à moins de 300 F et finit par obtenir satisfaction. Le livre est mis en vente à l’approche des fêtes, rapidement encensé par Bernard Pivot dans son émission littéraire, et c’est la ruée : le premier tirage est épuisé en quelques semaines. Dès lors, la maison d’édition ne cessera de répondre aux libraires affolés d’être en rupture de stock, les imprimeries ne tournant pas assez vite pour fabriquer un objet complexe, agrémenté notamment de nombreux rabats. La Terre vue du ciel est en passe de devenir le livre de photos le plus vendu de l’histoire. Je n’ai jamais vu ça, commente Hervé de La Martinière. C’est hallucinant. Les rotatives ne cessent de tourner et nous n’arrivons pas à suivre la demande. » !

L’édition originale est publiée au sortir de l’été 1999 : le volume bouscule les usages du « beau livre » et reçoit un écho immédiat qui fait exploser les compteurs : 500 000 exemplaires à l’été 2000, 800 000 à l’automne, l’ensemble des coéditions étrangères conduisant rapidement vers le million. Un succès éditorial d’une ampleur inédite, amplifié grâce à l’idée et au rôle décisif de Robert Delpire, qui conçoit avec Arthus-Bertrand une exposition XXL conçue comme un « spectacle visuel » : à partir du 2 mai 2000, seront exposées, gratuitement, 118 images en très grand format, alignées le long de la rue de Médicis, des deux côtés des grilles du jardin du Luxembourg.

« Les photos ne sont pas seulement dans le musée mais dans les jardins et dans la rue, fixées sur les grilles du palais du Luxembourg. Certains y passent des heures, d’autres reviennent plusieurs fois ; dans la foule, on voit des ados en rollers, des couples en goguette, des parents avec leurs enfants à la main. Ils se sont passé le mot en province, même les étrangers accourent, et bien sûr tous les professionnels de l’image. Ils se mettent à bonne distance des photos, à quelques mètres face aux grilles, histoire d’embrasser la vue d’ensemble, se rapprochent pour mieux observer un détail, lire les légendes, se reculent à nouveau de quelques pas… L’expo est encore plus saisissante et tout aussi fréquentée le soir, quand elle est éclairée et que la magie de la Terre éclate sur chacune des cent dix-huit photos, dans une présentation proche de l’affiche publicitaire alignées sur les grilles du jardin du Luxembourg, le long de la rue de Médicis. Jamais une exposition photographique n’avait provoqué un tel afflux de visiteurs émerveillés, rencontré une adhésion aussi enthousiaste d’un public tous âges confondus et fait l’objet d’autant de commentaires dithyrambiques. » (Le Monde, 20 mai 2000).

Devant l’immense succès, l’exposition sera par deux fois prolongée jusqu’au dernier jour de l’année 2000 : au total, plus de trois millions de visiteurs s’y presseront. Proposée par l’auteur, quelques jours avant la fin de l’exposition – le 21 décembre 2000 -, la vente aux enchères des panneaux exposés au Luxembourg rapportera 2,3 millions de francs, versés au profit de Reporters sans frontières et de la fondation Daniel Balavoine.

Ce panneau original sera décroché quelques jours plus tard. C’est celui intitulé Dune de sable au coeur de la végétation sur l’île Fraser : « Au large des côtes australiennes du Queensland, l’île Fraser porte le nom d’une femme qui y trouva refuge en 1836 après le naufrage du navire sur lequel elle se trouvait. Avec 120 km de long sur 15 km de large, elle est la plus grande île de sable du monde. Curieusement, sur ce substrat peu fertile s’est développée une forêt tropicale humide au milieu de laquelle s’insinuent de larges dunes progressant au gré du vent. L’île Fraser dispose d’importantes ressources hydriques, avec près de 200 lacs d’eau douce, et abrite une faune variée de marsupiaux, d’oiseaux et de reptiles. Exploitée dès 1860 pour son bois, notamment utilisé pour la construction du canal de Suez, l’île fut ensuite convoitée par des compagnies sablières dans les années 1970 ; c’est aujourd’hui une zone protégée, inscrite depuis 1992 sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco ». La photographie est reproduite sur la double-page 200-201.

Son décrochage, en compagnie de Yann Arthus-Bertrand, généra pour son heureux propriétaire un problème logistique : la Fiat Uno qu’il possédait à l’époque était bien trop petite pour un tel format, lequel fut transporté, solidement arrimé sur une galerie de toit prêtée par un ami. La livraison, véhiculée, sera possible exclusivement pour la France et l’Europe continentale. Seul impératif pour vous ensuite : un peu de place dans votre salon, mais effet garanti !

Le panneau est bien complet des textes et légendes, imprimés sur carton glacé, qui figuraient sous l’image, ainsi que de sa plaque dorée livrée lors de sa mise en vente certifiant sa provenance. Le certificat d’authenticité, au verso, a également été conservé.

L’exposition deviendra par la suite itinérante, présentée, dans de nouveaux tirages grands formats (mais plus petits) au Japon, en Belgique, en Suisse, en Italie, Aux Etats-Unis, en Espagne, en Allemagne, au Mexique, en Turquie, au Danemark (2001), au Venezuela, en Russie, en Hongrie, en Suède, en Norvège, en Pologne, au Liban (2002), au Sénégal, en Islande, à Singapour, au Chili (2003), à Taiwan, en Arabie Saoudite, aux Pays-Bas, Au Royaume-Uni, au Quatar, en Argentine, au Portugal, en Corée du sud, en Autriche (2004), en Afghanistan, en République Dominicaine, en Slovénie, en Finlande, à Chypre, au Tadjikistan, en Arménie, à Singapoure (2005), en Nouvelle-Zélande, en République Tchèque, en Australie (2006), en Uruguay, à Puerto-Rico, en Serbie (2007), au Pérou, en Thaïlande, au Kirgkistan (2008), au Maroc, en Syrie, en Inde (2009), à Maurice, à Hong-Kong, au Bangladesh (2010), puis au Brésil (2012).

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