La Symphonie pastorale

Paris, Marcel Lubineau, (août) 1952.
1 vol. (150 x 230 mm) de 116 p., [2] et 2 f. Veau noir, plats ornés de pièces de cuir fantaisie mosaïquées en relief, décor souligné d'un jeu de trois filets à froid, titre doré, tête dorée, contreplats de veau vert avec reprise du décor et large encadrement, gardes de soie noire, couvertures et dos conservés (reliure signée de L. Thalheimer).
Édition illustrée par Marianne Clouzot. Un des 500 exemplaires sur vélin de Rives (n° 372).

Paru en 1919, La Symphonie pastorale est construit en journal intime (voix du pasteur) autour de Gertrude, jeune fille aveugle recueillie, dont l’éveil spirituel, affectif et « visuel » (par la musique) révèle l’aveuglement du narrateur lui-même.

Les 16 eaux-fortes originales de Marianne Clouzot livrent ici une des plus convaincantes lectures graphiques du récit de Gide, adapté au cinéma quelques années plus tôt (en 1946) par Jean Delannoy. Grand prix du festival de Cannes, on y retrouve Michèle Morgan dans le rôle de Gertrude et Pierre Blanchar dans le personnage du pasteur.

Très bel exemplaire, dans une rare reliure de Lucienne Thalhmeimer. Relieuse « surréaliste par excellence », elle s’impose, de l’Art déco finissant aux avant-gardes d’après-guerre, comme une figure singulière de la reliure de création. Active de 1925 à 1960, elle déplace l’art de la couvrure vers un territoire onirique grâce aux jeux de ses décors, faits d’incrustations, de lacets et d’assemblages audacieux. Yves Peyré résume ainsi son geste : « elle s’avance à sa manière dans le vertige onirique. Son approche est à la fois simple et extrêmement téméraire… Elle est absolument relieur mais surréaliste à part entière, admirée par Breton qu’elle enchante ».

« La reconnaissance accordée à ces « reliures de femmes » aura été tardive, sans doute par « réaction androcentrique » selon le mot de Jean Toulet. Et ce dernier de surenchérir cum grano salis : « Mis à part quelques amateurs assez puissants pour se permettre quelques foucades et passer outre à la réprobation des « vrais » relieurs, il est évident qu’elles ne pouvaient travailler pour les collectionneurs « sérieux » peu disposés à risquer leurs livres dans des mains aussi gracieusement légères » (Jean-Claude Vrain, Reliures de femmes de 1900 à nos jours, 1995, p. 6. – Yves Peyré, Histoire de la reliure de création 2015, p. 51 : « Lucienne Thalheimer est le relieur surréaliste par excellence. Elle marque une grande date dans l’histoire de la reliure, elle est de ces talents qui orientent un art. ») » (in Gloses et glanes. Cahiers Lautréamont, Garnier, 2019).

De la bibliothèque du baron de Nervo (ex-libris).

#32080
Retour