La Peste

Paris, Gallimard, (12 septembre) 1947.
1 vol. (120 x 185 mm) de 337 p. et [1] f. Broché.
Envoi signé : « à Hélène Perdrière pour une commune passion (le théâtre, naturellement) en sympathie, Albert Camus ».

Première femme pensionnaire de la Comédie-Française, dès 1928, bientôt partenaire recherchée de Pierre Fresnay sur les grandes scènes de boulevard, Hélène Perdrière retrouvera la Maison de Molière au début des années 1950 (sociétaire en 1954), tout en s’illustrant comme l’une des meilleures interprètes du théâtre de Marivaux. Sa trajectoire croise à plusieurs reprises le territoire théâtral de Camus : celui du Théâtre des Mathurins dirigé par Marcel Herrand, où Camus fit jouer Le Malentendu (1944), puis celui du Festival d’Angers, auquel Camus fut étroitement lié et dont il prit la direction après la mort d’Herrand. Perdrière fut de l’aventure et des Mathurins, et d’Angers.

Offert à une actrice pour qui « le théâtre, naturellement » est une vocation, La Peste déploie précisément la dramaturgie intime de Camus : une parabole de l’Occupation autant qu’une enquête éthique sur la solidarité, la mesure et l’acharnement des hommes « à être plus que le fléau ».

Publié au coeur de la période la plus féconde de Camus dramaturge (de Caligula aux Justes), ce grand succès scelle le rayonnement de son oeuvre en prose. Le texte définitif est achevé dans le courant de décembre 1946, et son point final est apposé sans joie : « J’ai l’idée que ce livre est totalement manqué, que j’ai péché par ambition et cet échec m’est très pénible. Je garde ça dans mon tiroir, comme quelque chose d’un peu dégoûtant. » Camus est loin d’imaginer qu’il deviendra un best-seller et un classique populaire, le troisième titre le plus vendu des éditions Gallimard, après Le Petit Prince et L’Étranger. Traduit dans des dizaines de langues, le cycle de « La Révolte » pèsera dans l’attribution du Nobel de littérature, dix ans plus tard. « Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus à admirer qu’à mépriser » écrit-il. Tout en montrant les capacités humaines de solidarité, de combat, Camus alerte pour ne jamais oublier les leçons des épreuves : « Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais ».

Troisième tirage de l’année de l’originale (La Peste fut publiée en mai), avec mention de mille.

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