Un des 190 exemplaires sur japon impérial justifiés et signés par l'éditeur, avec une suite en noir et un second état du frontispice en couleurs (n° 138).
La Passion… est un poème en patois angevin, composé en 1916 « au bord de Verdun », où l’auteur – officier mobilisé – transpose le sacrifice du soldat dans une passion populaire : un « frère » poilu, paysan de l’Anjou, se présente aux portes du Paradis et doit répondre devant l’assemblée des saints. Créateur des Rimiaux, – poèmes et contes rimés en dialecte angevin -, Marc Leclerc s’était imposé dès le début du siècle comme l’une des voix majeures de la littérature d’Anjou, aux côtés d’Émile Joulain et d’Yvon Péan. Issu d’une famille de militaires saumurois, il aborde d’abord les arts plastiques : formé à l’École normale d’enseignement du dessin auprès d’Eugène Grasset, il se tourne dès 1904, vers le journalisme (L’Angevin de Paris). La parution, en 1913, des Rimiaux consacre ce poète du terroir, dont la verve ancrée dans le parler angevin rencontre un vif public. La parution, en décembre 1916, chez Georges Crès, du recueil La Passion de notre frère le Poilu, est distinguée par le prix Jean-Revel de la Société des Gens de Lettres, comme meilleur livre régionaliste, en soulignant la singularité de cette épopée familière où l’humour, la ferveur et la fraternité font contrepoint au tragique : un nouveau rimiau élevé à la dignité d’ex-voto pour les morts de 14-18.
L’édition Ferroud de 1917 en constitue la grande édition illustrée : elle est ornée à toutes les pages par Léon Lebègue, avec un grand frontispice dépliant en triptyque, vignettes et pleines pages en couleurs – une mise en livre précieuse qui a fixé l’iconographie du texte. Précisons également que cette édition connût un tirage hors commerce pour la société « Les XX », l’un des rares publiés pendant la guerre et le seul qui soit illustré.
Très bel ouvrage et très bel exemplaire.





