La Descente de Marbode aux enfers

La première assemblée des États de Pingouinie
Paris, L'Illustration, (1er février) 1908.
1 vol. (200 x 295 mm) de 10 p. Broché.
Rare pré-originale d’un chapitre de L’Île des Pingouins, qui paraîtra en volume chez Calmann-Lévy en 1908. Le texte prendra place dans le Livre III du roman, au chapitre VI, sous le titre Marbode.

Tiré à part sur vergé.

Envoi signé : « À Édouard Pelletan, son ami Anatole France ».

L’Île des Pingouins est l’une des grandes satires historiques d’Anatole France. Le roman raconte, sous la forme d’une fausse chronique nationale, l’histoire du peuple pingouin, depuis ses origines merveilleuses jusqu’aux temps modernes. Un saint homme, Maël, ayant par erreur baptisé des pingouins qu’il a pris pour des hommes, Dieu se voit contraint de transformer ces oiseaux en créatures humaines. De cette absurdité théologique première découle toute une histoire de la Pingouinie, c’est-à-dire une histoire parodique de la France, de ses mythes fondateurs, de ses institutions, de ses guerres, de ses clergés, de ses passions politiques et de ses impostures.

Le chapitre de Marbode appartient à la partie médiévale du roman : Anatole France y donne la prétendue traduction française d’un précieux monument de la littérature pingouine du XVe siècle : la relation d’un voyage aux Enfers entrepris par le moine Marbode, bénédictin nourri de Virgile. Tout est construit comme un document savant : le narrateur évoque le texte latin, son éditeur, ses rapprochements avec le Voyage de saint Brendan, la Vision d’Albéric, le Purgatoire de saint Patrice et la Divine Comédie. Mais cette érudition est évidemment piégée. Anatole France imite la science historique pour mieux en montrer les séductions, les aveuglements et les facilités.

Marbode descend aux Enfers comme tant de visionnaires chrétiens avant lui, mais son témoignage est enveloppé d’un appareil critique malicieusement suspect, où la célèbre formule du roman pourrait servir de devise à cette méthode : « telle est la triste condition de l’historien des pingouins qu’il ne peut éviter une erreur qu’en tombant dans une autre ».

Le chapitre se trouve par ailleurs au point pivot du livre : il appartient encore au monde médiéval, mais annonce déjà la grande satire moderne du faux, des dossiers truqués, des autorités aveugles et des vérités fabriquées. Comme Sade prétendant n’avoir « en quoi que ce puisse être, altéré la vérité des faits », Anatole France joue avec les codes de la narration historique pour installer une fiction d’authenticité et l’historien des pingouins est condamné à produire de l’erreur avec les instruments mêmes de la preuve.

Publié en tiré à part comme supplément de L’Illustration, avant l’édition en volume de 1908, ce mince fascicule de 10 pages est d’une grande rareté. Il est ici offert au formidable imprimeur-éditeur Édouard Pelletan, chez qui Anatole France publiera plusieurs titres.

Piqûres marginales au premier feuillet.

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