Kessel reporter, au service de la grande fête en l'honneur de la Deuxième D.B. de Leclerc : La Kermesse aux Étoiles. L'écrivain en donne un compte-rendu flamboyant, honorant avec respect, mélancolie et loyauté le souvenir des anciens soldats. L'article paraît en Une de L'Intransigeant du 1er juillet 1951.
L’article paru est titré À LA KERMESSE AUX ETOILES, J’AI ÉTÉ VISITÉ PAR DES OMBRES, et donne ce texte : « A travers tout le Jardin des Tuileries, il n’y avait pas un pouce de terrain qui ne fut tenu, occupé, piétiné par une foule immense et heureuse. La Kermesse de la 2e D. B. développait ses tréteaux et ses stands depuis la grille de la Concorde jusqu’aux allées du Louvre. C’était seulement à la troisième fois que les allées et les façades royales servaient de décor à cette extraordinaire fête lorraine. Mais elle semblait avoir des origines beaucoup plus lointaines, des assises bien plus profondes tant elle était, déjà devenue une tradition durable, enracinée dans la coutume et la sensibilité du peuple de Paris.» Kessel y évoque surtout les souvenirs de La France libre, de Leclerc, du désert Lybien, et de la R.A.F. : « il y avait aussi des soldats canadiens, américains, des hommes des commandos et de la R.A.F. et beaucoup de femmes en uniforme. On était en 1943, au début du printemps. Et à travers le tumulte des verres, des voix et du piano mécanique, un sergent de la coloniale manchot parlait avec un de ces jeunes hommes venus de France par les routes les plus périlleuses que l’impatience du combat ravageait au fond des casernes (…).
– Parait que Leclerc forme une division blindée… Je veux en être. Il a promis d’aller jusqu’à Paris, jusqu’à Strasbourg.
– Il fera comme il a promis, dit le sergent manchot.
L’un de ces deux hommes était-il dimanche à la Kermesse des Tuileries, où ai-je été seulement visité par leurs ombres ? (…) ».
Nombreuses ratures et corrections, dont plusieurs passages inédits non repris dans l’article, bien plus court que ce manuscrit.
Fête parisienne la plus populaire du Paris d’après-guerre, la « Kermesse aux étoiles » réunissait les plus grandes vedettes de l’époque à la rencontre du public pour des dédicaces au milieu des manèges et attractions, au profit des oeuvres sociales de la deuxième D.B. La première édition date de 1948 et la dernière de 1954. Jean Gabin, Charles Vanel, Michel Simon, Simone Signoret, Yves Montand, Édith Piaf, Fernandel, Bourvil et Luis Mariano furent de ceux qui ne manquèrent aucune édition. Théâtres, cinémas, spectacles, espaces sportifs, manèges, jardins d’enfants, bars, buvettes, restaurants, tombola, … Tout était prévu pour la fête ! La Kermesse devait surtout son succès à la présence de nombreuses vedettes de cinéma et du spectacle, mais aussi d’écrivains : chacun pouvait alors approcher son idole et faire dédicacer le carnet que l’on avait pu se procurer à l’entrée.
À partir de 1951, les artistes y furent associés : Léonard Foujita, Marie Laurencin, Maurice Utrillo furent les premiers, en 1952, à s’installer sur table devant une foule nombreuse ; ils se prirent au jeu et n’hésitèrent pas à ajouter à leur signature un dessin rapide ou une aquarelle. Succès immédiat, où chaque feuillet était vendus symboliquement, marqué d’un gros cachet rouge ou bleu « Kermesse aux Étoiles ». Les deux années suivantes, le cachet était plus discret, le public encore plus nombreux et les artistes, pour la vente et la présentation des oeuvres, reçurent l’aide de marchands et commissaires-priseurs renommés. Le début de la fin. L’année suivante eut un retentissement monstre, avec la présence d’acteurs et vedettes américaines telles que Clark Gable, Gregory Peck ou Katherine Hepburn, William Faulkner ou John Steinbeck pour les écrivains. Mais les débordements eurent raison du succès : de nombreux « amateurs » et « marchands » profitaient de cette manifestation pour acquérir à vils prix d’énormes quantités d’oeuvres qui étaient remise sur le marché et revendues immédiatement, amputé du cachet de la « Kermesse aux Étoiles » afin d’en masquer la provenance. Devant cet état de fait, contraire à la vocation altruiste de leur idée et de leur engagement, les organisateurs se retirèrent et le projet pour l’année 1955 fut abandonné. Solution radicale mais premières conséquences d’une époque qui devenait de plus en plus mercantile !
Joseph Kessel couvrira l’événement, comme journaliste, pour cette année 1951, avant d’y participer ensuite lors des deux dernières années : Le Monde relate sa présence dans l’édition de 1954 : « […] les organisateurs Alain Duchemin et Suzanne Massu ont donné hier soir la liste des personnalités qui défendront avec eux la cause des Anciens de la 2e D.B. Le maréchal Juin dès demain y dédicacera ses oeuvres. À ses côtés, de grands noms de la littérature, de John Steinbeck à notre éminent collaborateur Émile Henriot, de Joseph Kessel à Vercors » (Le Monde, 12 juin 1954).
On joint un livret vierge du « carnet d’autographes », fourni avec chaque billet d’entrée et destiné à recueillir signatures et dessins des vedettes.















