J’irai cracher sur vos tombes

Traduit de l'américain par Boris Vian
Paris, Éditions du Scorpion, (8 novembre) 1946.
1 vol. (120 x 190 mm) de 190 p. et [1] f. Broché, sous étui-chemise (Devauchelle).
Édition originale. Exceptionnel exemplaire de l’éditeur Jean d’Halluin, justifié n° 1 sur pur fil (seul grand papier), accompagné de la convocation originale devant le tribunal de première instance de la Seine pour l’audience du 15 février 1950, relative au procès intenté contre le livre et son éditeur.

Premier livre publié par Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes marqua durablement l’histoire de l’édition française : roman de scandale devenu mythe littéraire, interdit en 1949 puis réhabilité, il est au centre d’une des affaires judiciaires les plus retentissantes de l’après-guerre.

En 1946, Jean d’Halluin, jeune éditeur de vingt et un ans qui vient de fonder les Éditions du Scorpion, rencontre Boris Vian par l’intermédiaire de son frère musicien. Inspiré par le succès naissant de la Série Noire, il lui demande un « roman à l’américaine » : Vian rédige J’irai cracher sur vos tombes en quinze jours, entre le 5 et le 20 août 1946. Le titre initial, J’irai danser sur vos tombes, est transformé sur la suggestion de Michelle Léglise, première épouse de Vian.

Le livre paraît le 8 novembre 1946, signé Vernon Sullivan, Vian se présentant comme simple traducteur. La préface met en avant l’impossibilité supposée de publier un tel texte dans l’Amérique puritaine, invoquant Henry Miller, James Cain et James Hadley Chase comme modèles.

La presse s’empare immédiatement du scandale : on accuse le roman de pornographie et de sadisme. Le succès est considérable – près de 500 000 exemplaires vendus en quatorze mois – mais le scandale croît lorsqu’un crime passionnel commis à Montparnasse, l’année suivant la paarution, est directement associé par les journaux à la lecture du roman. Le 7 février 1949, le parquet ouvre une information contre l’auteur, l’éditeur et le traducteur pour « outrage aux bonnes moeurs », sur plainte du Cartel d’action sociale et morale. Le livre est interdit par arrêté du ministère de l’Intérieur en juillet 1949.

Assignés à comparaître, Vian et d’Halluin encourent de lourdes peines. L’audience, prévue pour le 15 février, est reportée et se tient le 13 mai 1950. À l’issue des débats, l’un et l’autre sont condamnés chacun à 100 000 francs d’amende, peine allégée en appel en octobre 1953 : quinze jours d’emprisonnement amnistiés par la loi du 6 août 1953, et 20 000 francs de frais.

La convocation jointe à cet exemplaire constitue un document inédit, qui assigne Jean d’Halluin pour avoir édité et publié le roman « contraire aux bonnes moeurs », aux côtés de Boris Vian et de ses coaccusés.

#31829
Retour